UNE ILE PRISONNIERE DU FROID 181
caméras sous-marines, vêtements de plongée, anoraks... Madame Slwooko
confectionne les repas qui sont bons, mais peu variés. Il ne faut pas s’imaginer que les Eskimos se nourrissent continuellement de filet de morse ou
de côtelette d’ours blanc. Il leur paraît beaucoup plus simple de consommer
le ravitaillement qui vient d’Amérique par avion : viande congelée et haricots
secs. La cuisine est très peu folklorique.
Jusqu’au 10 mai, le temps est détestable : nuages, vent, neige. Ici,
c’est le temps qui commande l’activité des hommes. Il est des froids, des
vents, des tempêtes qu’on ne peut pas espérer vaincre. Ils régnent en maîtres
sur le monde extérieur et en excluent l’homme. Les journées passent sans
qu’on puisse espérer tenter la moindre sortie, la moindre plongée. Mais la
température remonte un peu. Il suffit d’une éclaircie pour qu’apparaisse un
paysage blanc, éblouissant, qui fait songer à un conte de fées : des montagnes
crémeuses apparaissent, la glace scintille, le soleil n’en finit pas de s’étirer
en longs rayons dorés et roses, sur la plaine blanche, qui paraît immense,
et sur la mer bordée d’une muraille de blocs de glace empilés, qui s’entrechoquent.
Première sortie
Le 11 mai, le vent tombe. La température atteint — 3°.
A 5 heures du matin, Vernon Slwooko réveille les plongeurs, et, dans
un anglais à peu près incompréhensible, leur explique que tout est prêt pour
une première sortie en mer. Tous trois s’équipent en hâte et s’efforcent de
ne rien oublier pour ce premier affrontement avec les rigueurs de l’Arctique.
Ils ont conscience de n’avoir pas encore l’expérience de cet univers glacé,
où tant de dangers imprévus guettent les hommes.
Portant les caméras, les lampes, les bouteilles d’air comprimé, ils se
hâtent vers le rivage. Tout le village est réuni au bord de la mer et contemple
l’entassement des blocs qui forment toujours autour de Gambell, une muraille
instable qui semble infranchissable, et sur laquelle les lames se brisent. Se
hasarder en mer, dans de pareilles conditions, ressemble à un suicide collectif.
Mais les hommes poussent sur la glace leurs bateaux en peau de morse,
les oumiaks, et leur font franchir tous les obstacles. Slwooko a déjà sorti le
sien. Obéissant à ses gestes, les trois hommes embarquent. L’oumiak n’a
que 6 mètres de long et il est rempli de matériel. Là aussi, l’influence de la
civilisation s’est fait sentir : la voile a été remplacée par un moteur hors
bord qui pétarade. Le progrès gagne le grand Nord.
Dans le brouillard, c’est toute une flottille qui part pour aller chasser
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