LE GRAND DEPART 139
et qui grandit avec l'âge, n’est pas un appendice inutile et ridicule. Tout
d’abord, nous l’avons vu, l’animal le recourbe vers sa bouche pour amplifier
ses meuglements. Il ne peut pas, comme l’éléphant terrestre, l’allonger droit
devant lui, ou la brandir au-dessus de sa tête. La trompe de l’éléphant de
mer est pourtant une arme. Pour bien comprendre son usage, il faut préciser
sa forme. La trompe n’est pas un cylindre régulier. Elle s’aplatit depuis le
front jusqu’à l’extrémité, tout en s’élargissant de bas en haut. Elle se termine
un peu comme le battoir d’une lavandière.
Lorsqu’il se bat contre un rival, l’éléphant se dresse, ce qui a pour effet
de soulever sa trompe assez haut. Puis, il baisse la tête brutalement, tentant
de poignarder l’adversaire avec les canines, en même temps qu’il l’assomme
avec l’extrémité plate de sa trompe. A cet endroit, les narines sont placées
sur le côté et tournées vers l’extérieur, de telle sorte qu’elles n’ont pas à
souffrir du coup.
Sur la tête, la trompe commence à l’endroit où se termine le museau
des autres phoques. Au-dessus des yeux s’arrondit une bosse de chair, une
grosse excroissance sur laquelle sont plantés de longs poils atteignant
50 centimètres, parfois plus. Ceux-ci jouent, évidemment, comme chez les
otaries, un rôle tactile. Ce sont des organes des sens, complexes, qui lui
servent à la fois dans l’air et dans l’eau. Ils sont capables de percevoir, à
distance, la présence d’un être vivant, ennemi ou proie. Les moustaches
sont donc bien plus qu’un organe du tact, elles jouent un rôle important
dans la vie de l’animal et dans ses perceptions dans les trois dimensions.
Sous la trompe, la bouche est molle, flasque. Les lèvres sont douces
et sensibles.
Un sac de cuir
Nous avons filmé et photographié le plus gros des mâles que nous
avons pu trouver, afin de bien connaître les aspects insolites de l’animal
et le détail de ses gestes qui, observés de près, sont surprenants.
Ce grand père éléphant paraissait dormir sur la plage les yeux mi-clos,
la trompe pendant sur les galets. Les membres antérieurs, qui semblaient
ridiculement petits, étaient allongés souplement le long de son corps, et les
deux postérieurs étalés derrière lui. Son aspect était celui d’un énorme sac
de cuir plein de gelée tremblotante. Cette matière molle s’étalait autour de
lui, sa peau trop large couvrait les cailloux, débordant de son ventre.
Cet aspect flasque s’explique aisément par la texture des téguments
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