138 COMPAGNONS DE PLONGEE
otaries. Rendre dociles et confiants ces animaux de près de trois tonnes,
obtenir qu’ils se familiarisent dans l’eau avec les plongeurs me semblait
justifier beaucoup d’efforts.
J’envoie une équipe cinéma à terre, une autre équipe cinéma part en
plongée et, enfin, un groupe spécial est chargé de tenter de passer un harnais
à un éléphant de bonne taille.
Le grand mâle se débat, s’échappe, se secoue, charge les hommes à
grands coups de tête, mais ceux-ci reviennent obstinément à l’assaut. Bernard
Delemotte a réussi à enfourcher l’animal et est sur le point de fixer le harnais,
mais l’éléphant, d’un coup de reins, se dresse, désarçonne Bernard et se met
à fuir. Il s’essouffle presque aussitôt et les hommes le rattrapent.
C’est moi qui mets fin à l’expérience. D’abord, elle me paraît cruelle
pour ce gros animal que je devine déjà à bout de forces, mais je crains
aussi que l’un de nos camarades se fasse mordre ou ne soit écrasé par cette
montagne de chair. Les éléphants de mer sont d’un autre poids et d’un autre
gabarit que les fines et affectueuses otaries qui vivaient à bord de la Calypso.
Mais ces géants sont étrangement fragiles.
L’énigme de la trompe
Ce qui caractérise l’éléphant de mer, ce qui fait de lui un des animaux
les plus extraordinaires, c’est sa trompe. Elle évoque beaucoup plus celle
d’un tapir que celle d’un éléphant. Elle lui donne cet aspect bizarre et secrètement gêné qu’a le tapir, comme si l’animal était conscient de promener
devant lui un accessoire encombrant, d’une utilité douteuse. Elle ne sert
jamais à la préhension.
La trompe de l’éléphant terrestre d’Afrique et d’Asie, au contraire, est
un merveilleux instrument qui permet à son possesseur d’accomplir les gestes
les plus délicats ou les plus violents : aussi bien ramasser une pièce de
monnaie qu’abattre un arbre.
A quoi sert la trompe de l’éléphant de mer ? Il est permis de remarquer
tout d’abord, que dans le règne animal, bien des organes peuvent ne servir
à rien du tout, et être tout simplement les vestiges des ancêtres lointains
de la lignée, un organe qui subsiste à titre de témoignage. Il a existé, dans
le passé, bon nombre d’animaux à trompe. Les proboscidiens* (du grec
proboskis, trompe) existaient en Afrique, il y a 50 millions d’années.
Mais nous avons suffisamment observé les éléphants de mer à Guadalupe pour nous convaincre que leur trompe, apanage exclusif du mâle adulte,
otaries. Rendre dociles et confiants ces animaux de près de trois tonnes,
obtenir qu’ils se familiarisent dans l’eau avec les plongeurs me semblait
justifier beaucoup d’efforts.
J’envoie une équipe cinéma à terre, une autre équipe cinéma part en
plongée et, enfin, un groupe spécial est chargé de tenter de passer un harnais
à un éléphant de bonne taille.
Le grand mâle se débat, s’échappe, se secoue, charge les hommes à
grands coups de tête, mais ceux-ci reviennent obstinément à l’assaut. Bernard
Delemotte a réussi à enfourcher l’animal et est sur le point de fixer le harnais,
mais l’éléphant, d’un coup de reins, se dresse, désarçonne Bernard et se met
à fuir. Il s’essouffle presque aussitôt et les hommes le rattrapent.
C’est moi qui mets fin à l’expérience. D’abord, elle me paraît cruelle
pour ce gros animal que je devine déjà à bout de forces, mais je crains
aussi que l’un de nos camarades se fasse mordre ou ne soit écrasé par cette
montagne de chair. Les éléphants de mer sont d’un autre poids et d’un autre
gabarit que les fines et affectueuses otaries qui vivaient à bord de la Calypso.
Mais ces géants sont étrangement fragiles.
L’énigme de la trompe
Ce qui caractérise l’éléphant de mer, ce qui fait de lui un des animaux
les plus extraordinaires, c’est sa trompe. Elle évoque beaucoup plus celle
d’un tapir que celle d’un éléphant. Elle lui donne cet aspect bizarre et secrètement gêné qu’a le tapir, comme si l’animal était conscient de promener
devant lui un accessoire encombrant, d’une utilité douteuse. Elle ne sert
jamais à la préhension.
La trompe de l’éléphant terrestre d’Afrique et d’Asie, au contraire, est
un merveilleux instrument qui permet à son possesseur d’accomplir les gestes
les plus délicats ou les plus violents : aussi bien ramasser une pièce de
monnaie qu’abattre un arbre.
A quoi sert la trompe de l’éléphant de mer ? Il est permis de remarquer
tout d’abord, que dans le règne animal, bien des organes peuvent ne servir
à rien du tout, et être tout simplement les vestiges des ancêtres lointains
de la lignée, un organe qui subsiste à titre de témoignage. Il a existé, dans
le passé, bon nombre d’animaux à trompe. Les proboscidiens* (du grec
proboskis, trompe) existaient en Afrique, il y a 50 millions d’années.
Mais nous avons suffisamment observé les éléphants de mer à Guadalupe pour nous convaincre que leur trompe, apanage exclusif du mâle adulte,
