UN BOULEVERSEMENT DES TERRITOIRES 131
Des amours difficiles
Il existe une grande différence de taille entre les mâles et les femelles.
Le corps du mâle représente une masse à peu près double de celle du corps
de la femelle. Cette supériorité de poids ne rend pas pour autant les femelles
consentantes. Elles semblent mettre un malin plaisir à se dérober.
Quand les amours se déchaînent au milieu de cette foule, c’est le
désordre le plus total. Les vieilles lois du harem sont brisées. Il n’y a plus
ni choix ni fidélité dans les relations sexuelles. Nous avons vu souvent
certaines femelles accueillir plusieurs mâles dans la même journée... Les
mâles, qu’ils aient été vainqueurs ou vaincus en combat singulier, prennent
possession des femelles au hasard de la demande.
Même s’il est le légitime époux, il n’est pas facile pour le mâle, au
milieu de trente femelles alignées, de trouver celle qui sera consentante, et
qui se prêtera à une opération qui n’est pas si aisée.
Il est obligé d’essayer de s’accoupler successivement avec plusieurs
femelles. Pourtant, il ne manifeste ni impatience ni colère. Patiemment, il
s’efforce de dominer sa partenaire, qui ne semble guère partager sa passion
et reste très insensible. Les vieilles femelles peuvent se permettre, plus que
les jeunes, de rabrouer le mâle.
Nous avons observé souvent qu’un mâle sortait de l’eau pour aller
choisir une femelle. Il semblait poussé par un « sentiment » vif et brusque.
Il pose son aileron sur le cou de la femelle, s’abat sur elle de tout son
poids et tente de s’accoupler. La scène est très tendre. C’est une tendresse
vraiment surprenante de la part de cette grosse masse qui cherche à se
coucher affectueusement sur celle qu'il a choisie.
Le sexe est gros comme une bouteille de vin et long comme le bras.
Il contient un os pénien.
— Un matin, dit Yves Orner, nous avons vu un couple d’éléphants de
mer enlacés en pleine eau, à faible profondeur. C’était un spectacle d’une
extraordinaire douceur. Ils m’ont regardé venir. Le mâle avait posé son
aileron sur l’épaule de la femelle, tandis qu’avec l’autre nageoire il l’entraînait et se déplaçait avec elle. Personne, avant nous, n’avait été témoin d’une
pareille scène de tendresse en pleine eau. Après vérification, personne non
plus ne soupçonnait que les éléphants de mer s’accouplaient éventuellement
dans la mer. Mais nous avons filmé la scène.
Si la sexualité semble s’emparer très tôt des mâles, elle ne peut se
satisfaire qu’assez tardivement pour des raisons sociales. Les vieux maîtres
des harems défendent jalousement leurs femelles, et les jeunes ne peuvent
mettre leurs espoirs que dans des adultères parfois tragiques.
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