130 COMPAGNONS DE PLONGEE
__ On voit, dit Yves Orner, les jeunes mâles traîner derrière les harems,
regarder les femelles avec concupiscence. De temps en temps, il y en a un
qui réussit à posséder une jeune femelle au large, et tous deux reviennent
à terre comme si de rien n’était.
On peut distinguer les duels qui ont pour but de châtier « l’odieux
ravisseur » et les luttes entre grands mâles, de puissance à puissance, pour
maintenir leur rang de « maître de la plage ».
Parfois, les deux adversaires sont assez loin l’un de l’autre. Ils dorment
tranquillement, et tout à coup l’un se dresse, pousse un cri, un autre assez
loin lui répond. Tout cela peut durer un moment. Peu à peu, ils se rapprochent en marquant des temps d’arrêt pour se coucher, mais en poussant
toujours des meuglements, jusqu’à ce qu’ils entament le combat.
Ils se heurtent, poitrine contre poitrine. Ils se frappent à un endroit
où la peau est beaucoup plus épaisse que sur le reste du corps.
Depuis des millions d’années que les éléphants de mer viennent à terre
pour conquérir les femelles, ils se battent et leur lutte ébranle le sol.
Les mâles, avec leurs crocs massifs, visent la trompe de l’adversaire
qui se protège en présentant son poitrail. Un seul coup de dent pourrait
éventrer un homme.
Dans les brisants, sous l’oeil indifférent des femelles, le combat est plus
violent qu’à terre. Les blessures faites dans la mer sont plus graves, et la
peau épaisse qui protège la poitrine des champions est souvent transpercée.
Leurs canines sont assez longues pour causer des blessures sérieuses.
Ils retroussent les babines. Ce ne sont pas des morsures qu’ils s’infligent,
ce sont plutôt des coups de poignard qu’ils se portent. Ils ne mordent
vraiment que quand ils arrivent à attraper la trompe de l’adversaire. Certains
ont la trompe complètement sectionnée. Comme tout cela finit dans la mer,
on ne voit plus le sang, et tout le monde se remet à dormir comme si rien
ne s’était passé.
Bien souvent, le duel cesse aussi soudainement qu’il a commencé. Il
est évident que le vaincu ne se bat pas jusqu’à épuisement. Il reconnaît qu’il
a perdu, et son adversaire, alors, l’épargne. D’ailleurs, ces animaux sont
trop lourds pour lutter plus d’un quart d’heure.
Ceux qui se bagarrent sont tous à peu près de la même force. Ces
combats sont presque toujours suivis d’accouplements, comme si la violence
se résolvait dans l’amour. Ce sont les noces agitées de Guadalupe.
Quand la colonie était moins peuplée, un mâle victorieux pouvait
espérer régner en paix sur son harem pendant toute la saison des amours.
Maintenant, les vainqueurs sont continuellement défiés et il leur arrive
même d’être vaincus à leur tour.
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