106 COMPAGNONS DE PLONGEE
Tout autour de l’île, la végétation marine était extrêmement riche :
une masse d’algues épaisses et charnues recouvrait tous les rochers et
encombrait les fonds. Les eaux étaient tièdes : autour de 21 °C. Les poissons
étaient peu nombreux. Les plus remarquables étaient de grandes castagnoles
écarlates : les garibaldi.
Les plongeurs n’arrivaient presque jamais à surprendre les éléphants de
mer en eau profonde. A la moindre alerte, ils se groupaient dans l’eau en
rangs serrés, et si l’on descendait vers eux, ils ouvraient la gueule, menaçants.
Dans la mer du moins, on n’avait pas à subir l’affreux meuglement de
protestation qu’ils poussaient lorsqu’ils étaient mécontents, et qu’amplifiait
encore l’écho répercuté par les falaises noires.
Nageant au milieu de longues algues brunes, les plongeurs tentaient
de s’accrocher aux nageoires des éléphants, qui semblaient les plus paisibles.
Mais, d’un coup de rein, ceux-ci avaient vite fait de se dérober, et leur nage
puissante laissait souvent les hommes sur place.
L’éléphant de mer est aussi élégant dans l’eau qu’il est maladroit sur
terre. Il nage très vite et est capable de tourner, s’arrêter et changer de
direction avec une rapidité incroyable. Tout leur corps encombrant devient
fluide et vif dans l’eau, leurs yeux ronds prennent un aspect rougeâtre, dû
probablement à la réfraction de la lumière.
Ce n’est pas une queue bifide que l’oh voit à l’arrière de leur corps,
mais leurs deux membres postérieurs palmés, entre lesquels se trouve placée
une queue très courte.
Les harems
L’équipe plongeait tous les jours, malgré le temps médiocre et la mer
agitée. Chacun restait sur ses gardes, car les éléphants avaient le coup de
dent rapide et pouvaient infliger de sérieuses blessures. Deux longues canines
bien visibles chez les plus gros animaux, et qui leur servaient à se battre
entre eux, apparaissaient particulièrement redoutables.
Ils étaient certainement étonnés par les plongeurs : ils venaient les
voir, mais ils restaient à une certaine distance dans l’eau. En plongée, ils ne
se comportaient pas du tout, hélas, comme Pepito et Christobald. Ces gros
pères ne se révélaient pas joueurs comme le sont les otaries. Ils restaient
sérieux, distants, vaguement hostiles.
Plus les jours passaient et plus Philippe et ses camarades apprenaient
à respecter les éléphants de mer, et à rendre justice à leur courage : même
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