Même dans l'eau les jeunes femelles ont le regard tendre.
pour éviter d’être projetés sur les rochers ou sur quelque gros animal peu
endurant. L’attitude qu’observaient envers les hommes les éléphants de mer
flottant le long du rivage était à l’opposé de celle qu’ils avaient à terre : ils
avaient peur et ils se dérobaient rapidement lorsqu’ils les voyaient dans l’eau.
Il est probable que ces réactions venaient du fait qu’ils confondaient les
plongeurs avec leurs grands ennemis, les requins et les orques. Ils prenaient
sans doute nos camarades pour une variété dangereuse d’animaux marins.
Ils avaient des endroits préférés : des mares peu profondes entourées
de hauts rochers. Si on les y surprenait, il était possible de se placer devant
l’unique sortie et de leur barrer la route pour les filmer dans leur cachette.
Mais ils s’affolaient aussitôt, entraient en fureur et chargeaient. Il leur
arrivait même de donner un coup de dent au passage.
Une fois, le pare-soleil de la caméra sous-marine de Philippe fut écrasé,
et plusieurs autres fois les plongeurs durent battre en retraite devant l’assaut.
Au cours de l’une de ces bagarres, Bernard Delemotte a été mordu par
un jeune éléphant de mer, mais heureusement, il était protégé par son
vêtement de plongée, et les dents n’ont pas entamé la chair. Il y eut de
longues heures de cache-cache à travers les nuages de bulles, l’écume des
vagues et les durs rochers. Ces efforts se terminaient invariablement dans
le fond du zodiac. Haletante et grelottante, l’équipe récupérait ses forces
dans un silence qui en disait long sur l’effort dépensé en vain.
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