104 COMPAGNONS DE PLONGEE
coup et même ils ronflent en dormant. Mais, quand ils s’éveillent, c’est tout
à coup la panique : ils se dressent, la trompe menaçante, se mettent à
beugler. C’est surtout une attitude d’intimidation. Lorsque cette tentative
d’intimidation éclatait, Philippe avait pris le parti de crier lui aussi, et le
grand mâle, intimidé à son tour, lui laissait le passage.
Le plus souvent, les cinéastes, mettant à profit la somnolence générale
du troupeau, guettaient, en silence, des scènes à filmer : jeunes éléphants
bâillant, se grattant avec leurs nageoires pectorales, éternuant ou se retournant complètement sur eux-mêmes pour voir ce qui se passait derrière eux.
Cette torsion du cou est assez gracieuse, et il arrive toujours un moment
où un jeune fait ce mouvement.
Même après une semaine de séjour à Guadalupe, les réactions des
éléphants de mer n’étaient pas toujours faciles à prévoir. Il importait surtout
de ne pas les énerver par une attitude qu’ils pouvaient prendre pour du défi.
Bernard Mestre et Serge Foulon eurent l’idée de tenter un nouveau
mode d’approche : au lieu de se diriger vers eux debout ou à genoux, comme
ils l’avaient fait jusqu’alors, ils imitèrent les éléphants de mer et se mirent
à ramper vers eux, revêtus de leur combinaison noire. La tactique se révéla
excellente, un homme allongé les effraye moins que debout. En effet, pour
un éléphant de mer, tout ce qui est vertical est hostile. Il est peu probable
que cette nouvelle génération d’animaux ait appris à se méfier de l’homme
qui, jadis, massacrait son espèce. Une silhouette qui se dresse évoque bien
plutôt, pour lui, un autre mâle qui le provoque. Au contraire, tout ce qui
est couché prend, à ses yeux, l’allure d’une femelle. Pour se faire des amis
chez les éléphants de mer, le plus simple est de se traîner sur les galets,
comme ils le font eux-mêmes, mais ce n’est pas toujours confortable. Serge
Foulon est parvenu, ainsi, à se coucher tout contre un mâle à grande trompe,
sans qu’il réagisse.
Mais personne n’arrivait vraiment à identifier ces grosses masses de
graisse, qui paraissaient toutes semblables. Il y en avait tellement, et les
animaux étaient parfois si amorphes, qu’ils donnaient l’impression de grands
sacs abandonnés au hasard sur la plage.
En plongée
Les éléphants se tenaient, en général, juste au bord de la mer, balancés
par la houle, glissant en avant et en arrière sur les rochers couverts d’écume
et nageant dans les hauts fonds. La situation était assez dangereuse pour les
plongeurs, car les brisants étaient violents, et il fallait faire de réels efforts
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