CAPITAINE DE LA CALYPSO
plongée moderne. Je ne réussis qu’à bafouiller un lamentable :
« B’ jour, tr’s h’reux d’vous r’nc’trer s’r VC’lyps... »
Le gong me sauve. Je veux dire : la cloche qui, à bord,
annonce le repas de midi. Le commandant m’invite — ainsi
que Georges Beuchat — à déjeuner. A la grande table du
carré, où une bonne partie de l’équipage s’est déjà installée...
Il me fait asseoir à sa droite : je saurai plus tard que c’est la
place d’honneur. Georges Beuchat, à la gauche de Mme Cousteau, reste calme. Il ne perd pas les pédales, lui : il exhibe
astucieusement mon dossier de candidature et le tend au
commandant Mais celui-ci le pose sur la banquette sans
même y jeter un coup d’œil.
Je suis au désespoir.
Cousteau parle de tout, sauf de ma candidature et de la
mission qu’il pourrait me confier... Tandis qu’on apporte les
entrées, il se lance dans une dissertation générale sur les
épaves — passionnante, certes, mais qui me semble hors sujet,
et dont je ne retiens pas un mot; j’ai hâte qu’il aborde mon
cas... Au rôti, il m’explique les vestiges du Grand Conclu. Il
me prend à témoin de leur importance. (Dirais-je le
contraire?) Il me demande si je l’approuve de vouloir renflouer la totalité du chargement. (Et comment !) Il m’interpelle
comme si, de longue date, je connaissais le site. Au dessert, il
souligne que cette mission d’archéologie est une première
mondiale; que la galère engloutie devant ce rocher depuis
vingt-deux siècles contient le plus fabuleux chargement de
vaisselle antique jamais inventé au fond des mers... J’approuve : j’approuverais tout ! Je suis sur un nuage — envoûté
par le discours du Pacha. La Calypso berce ce déjeuner, sous
l’effet d’une douce houle d’ouest.
Mon premier repas à bord... Je finis par me dire que ce
bateau n attend plus qu’un Falco pour voguer plus loin
encore...
« Bien, dit Cousteau : on y va... »
Je tombe de mon nuage... Qui y va? Moi? Mais où?... Nous
en sommes au café ; le Pacha n’a pas jeté le moindre regard sur
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plongée moderne. Je ne réussis qu’à bafouiller un lamentable :
« B’ jour, tr’s h’reux d’vous r’nc’trer s’r VC’lyps... »
Le gong me sauve. Je veux dire : la cloche qui, à bord,
annonce le repas de midi. Le commandant m’invite — ainsi
que Georges Beuchat — à déjeuner. A la grande table du
carré, où une bonne partie de l’équipage s’est déjà installée...
Il me fait asseoir à sa droite : je saurai plus tard que c’est la
place d’honneur. Georges Beuchat, à la gauche de Mme Cousteau, reste calme. Il ne perd pas les pédales, lui : il exhibe
astucieusement mon dossier de candidature et le tend au
commandant Mais celui-ci le pose sur la banquette sans
même y jeter un coup d’œil.
Je suis au désespoir.
Cousteau parle de tout, sauf de ma candidature et de la
mission qu’il pourrait me confier... Tandis qu’on apporte les
entrées, il se lance dans une dissertation générale sur les
épaves — passionnante, certes, mais qui me semble hors sujet,
et dont je ne retiens pas un mot; j’ai hâte qu’il aborde mon
cas... Au rôti, il m’explique les vestiges du Grand Conclu. Il
me prend à témoin de leur importance. (Dirais-je le
contraire?) Il me demande si je l’approuve de vouloir renflouer la totalité du chargement. (Et comment !) Il m’interpelle
comme si, de longue date, je connaissais le site. Au dessert, il
souligne que cette mission d’archéologie est une première
mondiale; que la galère engloutie devant ce rocher depuis
vingt-deux siècles contient le plus fabuleux chargement de
vaisselle antique jamais inventé au fond des mers... J’approuve : j’approuverais tout ! Je suis sur un nuage — envoûté
par le discours du Pacha. La Calypso berce ce déjeuner, sous
l’effet d’une douce houle d’ouest.
Mon premier repas à bord... Je finis par me dire que ce
bateau n attend plus qu’un Falco pour voguer plus loin
encore...
« Bien, dit Cousteau : on y va... »
Je tombe de mon nuage... Qui y va? Moi? Mais où?... Nous
en sommes au café ; le Pacha n’a pas jeté le moindre regard sur
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