LE NEZ DE COUSTEAU
quelques jours de détente, lorsque je reçois de mon ami Paul
Brémond un télégramme expédié de Marseille. Le message dit
ceci (j’en ai gardé le texte en mémoire : il a donné son sens à
ma vie) :
« COMMANDANT COUSTEAU CHERCHE PLONGEURS BÉNÉVOLES. STOP. REVIENS IMMÉDIATEMENT. STOP. CHANCE EMBARQUER SUR CALYPSO. STOP. PAUL. »
J’exécute un saut de dauphin sur mon lit. Je jette mes
affaires dans un sac. Le soir même, je vogue vers Marseille à
bord du paquebot Cyrnos.
A peine à La Joliette, je mobilise tout mon monde — mes
fidèles amis Paul Brémond, Bob Prigent, Georges Beuchat,
mais aussi le président de la Fédération française de sports
sous-marins, M. Borelli, que je connais un peu, et un plongeur
dont on me dit qu’il a des contacts avec Cousteau : Yves
Girault. Pour avoir une chance d’embarquer sur la Calypso, il
me faut un dossier en béton. Or, je ne possède pas le moindre
diplôme. Je me fabrique un curriculum vitae.
Ils m’aident tous : qu’ils en soient remerciés (outre-tombe,
hélas! pour certains...). Nous rassemblons et nous classons
dans un grand cahier à spirale toutes les coupures de presse,
marseillaises ou nationales, où j’ai l’honneur et l’avantage de
figurer à un titre quelconque : médailles de sauvetage ou du
mérite sportif, championnats de pêche sous-marine, etc.
Georges Beuchat peaufine le dossier. Il téléphone à bord de la
Calypso pour m’obtenir un rendez-vous. Il le décroche, pour le
16 août. Le 15, nous grimpons jusqu’à Sormiou par le chemin
des ânes. Le 16 au matin, nous sautons dans le Hou Hop. J’ai
mon cahier sous le bras et une boule d’émotion dans la gorge,
qui m’empêche d’avaler.
J’aurai bientôt vingt-cinq ans. Une fois de plus, c’est en
partant de Sormiou que je vogue vers mon destin...
La Calypso est ancrée à quelques milles de « ma » calanque,
la poupe presque posée sur le rocher du Grand Conclu (ou
Grand Congloué), où mon père m’emmenait à la pêche, et
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quelques jours de détente, lorsque je reçois de mon ami Paul
Brémond un télégramme expédié de Marseille. Le message dit
ceci (j’en ai gardé le texte en mémoire : il a donné son sens à
ma vie) :
« COMMANDANT COUSTEAU CHERCHE PLONGEURS BÉNÉVOLES. STOP. REVIENS IMMÉDIATEMENT. STOP. CHANCE EMBARQUER SUR CALYPSO. STOP. PAUL. »
J’exécute un saut de dauphin sur mon lit. Je jette mes
affaires dans un sac. Le soir même, je vogue vers Marseille à
bord du paquebot Cyrnos.
A peine à La Joliette, je mobilise tout mon monde — mes
fidèles amis Paul Brémond, Bob Prigent, Georges Beuchat,
mais aussi le président de la Fédération française de sports
sous-marins, M. Borelli, que je connais un peu, et un plongeur
dont on me dit qu’il a des contacts avec Cousteau : Yves
Girault. Pour avoir une chance d’embarquer sur la Calypso, il
me faut un dossier en béton. Or, je ne possède pas le moindre
diplôme. Je me fabrique un curriculum vitae.
Ils m’aident tous : qu’ils en soient remerciés (outre-tombe,
hélas! pour certains...). Nous rassemblons et nous classons
dans un grand cahier à spirale toutes les coupures de presse,
marseillaises ou nationales, où j’ai l’honneur et l’avantage de
figurer à un titre quelconque : médailles de sauvetage ou du
mérite sportif, championnats de pêche sous-marine, etc.
Georges Beuchat peaufine le dossier. Il téléphone à bord de la
Calypso pour m’obtenir un rendez-vous. Il le décroche, pour le
16 août. Le 15, nous grimpons jusqu’à Sormiou par le chemin
des ânes. Le 16 au matin, nous sautons dans le Hou Hop. J’ai
mon cahier sous le bras et une boule d’émotion dans la gorge,
qui m’empêche d’avaler.
J’aurai bientôt vingt-cinq ans. Une fois de plus, c’est en
partant de Sormiou que je vogue vers mon destin...
La Calypso est ancrée à quelques milles de « ma » calanque,
la poupe presque posée sur le rocher du Grand Conclu (ou
Grand Congloué), où mon père m’emmenait à la pêche, et
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