CAPITAINE DE LA CALYPSO
d’une couronne de meurtrières, je repère une cheminée et un
puits de section carrée. J’y jette un caillou. J’entends un
« plouf! ». De l’eau, il y en a — et limpide ! De l’eau de pluie
— des centaines de litres d’eau de pluie, fraîche et potable,
parfaitement conservée dans le cœur de la roche. Les Génois
étaient malins...
Nous sommes aux Sanguinaires pour plonger, plonger,
plonger encore. Les passes qui séparent les rocs rouges sont
peuplées de milliers de poissons de toutes les espèces :
puissants corbs aux écailles anthracite, élégants loups gris,
mérous lippus, sars argentés, liches ventrues... Sans compter
les tourbillons de girelles et de castagnoles, les pageaux, les
oblades, les murènes, les rascasses...
Nous nous immergeons deux fois par jour dans ce paradis
sous-marin. Je me passionne pour les poissons, bien sûr, qui
sont des créatures moins « merlan frit » qu’on ne croit ; mais
aussi pour l’incroyable variété des invertébrés.
Je contemple, sur les rochers fertiles, des éponges clathrines
jaune vif et des éponges incrustantes rouges ; des gorgones d’or
ou de sang ; des anémones de mer aux longs tentacules verts et
des leptopsammes dorées qui ressemblent à des étoiles; de
courtes branches de corail rouge et de longs buissons maigres
de gorgones eunicelles blanches; des coquillages (spondyles,
coquilles Saint-Jacques aux yeux bleus, murex épineux) ; des
nudibranches aux couleurs irréelles (ah ! le rose violacé des
flabellines !) ; des calmars, des seiches et des poulpes qui jouent
les caméléons de la mer ; des bryozoaires pareils à des
napperons de dentelle ; des crevettes translucides ; des cigales
de mer rectangulaires ; des langoustes aux armures de soldats
du Grand Siècle espagnol ; des oursins livides et des violets ;
des étoiles de mer-soleils et des astéries vermillon ; des
concombres de mer qui rampent ou qui crachent le lait blanc
de leurs produits génitaux ; des ascidies rouges qui dissimulent
dans leur corps en ballon de baudruche la complexité de leur
système nerveux...
Je ne me lasse pas de cet univers des merveilles.
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d’une couronne de meurtrières, je repère une cheminée et un
puits de section carrée. J’y jette un caillou. J’entends un
« plouf! ». De l’eau, il y en a — et limpide ! De l’eau de pluie
— des centaines de litres d’eau de pluie, fraîche et potable,
parfaitement conservée dans le cœur de la roche. Les Génois
étaient malins...
Nous sommes aux Sanguinaires pour plonger, plonger,
plonger encore. Les passes qui séparent les rocs rouges sont
peuplées de milliers de poissons de toutes les espèces :
puissants corbs aux écailles anthracite, élégants loups gris,
mérous lippus, sars argentés, liches ventrues... Sans compter
les tourbillons de girelles et de castagnoles, les pageaux, les
oblades, les murènes, les rascasses...
Nous nous immergeons deux fois par jour dans ce paradis
sous-marin. Je me passionne pour les poissons, bien sûr, qui
sont des créatures moins « merlan frit » qu’on ne croit ; mais
aussi pour l’incroyable variété des invertébrés.
Je contemple, sur les rochers fertiles, des éponges clathrines
jaune vif et des éponges incrustantes rouges ; des gorgones d’or
ou de sang ; des anémones de mer aux longs tentacules verts et
des leptopsammes dorées qui ressemblent à des étoiles; de
courtes branches de corail rouge et de longs buissons maigres
de gorgones eunicelles blanches; des coquillages (spondyles,
coquilles Saint-Jacques aux yeux bleus, murex épineux) ; des
nudibranches aux couleurs irréelles (ah ! le rose violacé des
flabellines !) ; des calmars, des seiches et des poulpes qui jouent
les caméléons de la mer ; des bryozoaires pareils à des
napperons de dentelle ; des crevettes translucides ; des cigales
de mer rectangulaires ; des langoustes aux armures de soldats
du Grand Siècle espagnol ; des oursins livides et des violets ;
des étoiles de mer-soleils et des astéries vermillon ; des
concombres de mer qui rampent ou qui crachent le lait blanc
de leurs produits génitaux ; des ascidies rouges qui dissimulent
dans leur corps en ballon de baudruche la complexité de leur
système nerveux...
Je ne me lasse pas de cet univers des merveilles.
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