LES FANTAISIES DU HOU HOP
Un jour que je plonge pour prendre les quatre poissons du
dîner (pas un de plus !), je décide de conclure sportivement
mon bain. Je me lance dans le tour de la Grande Sanguinaire à
la nage. Poup m’accompagne, mais nous sommes loin l’un de
l’autre.
J’ai accroché mes poissons à ma ceinture. Je sens que je suis
suivi. Je me retourne.
Un requin !
Un gros. Long de deux mètres cinquante ou davantage...
Un requin bleu, ou peau-bleue. Un squale à la réputation de
tueur. Taillé pour la vie aquatique... Une machine à nager,
avec une gueule aux dents impressionnantes et de petits yeux
noirs, sans expression... J’essaie de ne pas céder à la panique :
c’est le premier que je rencontre dans son environnement
naturel. Je ne le quitte pas du regard : je sais déjà que ce serait
une erreur.
Je nage à reculons, en tenant l’animal à distance à l’aide de
la flèche de mon fusil. Je voudrais détacher de ma ceinture les
poissons morts qui l’ont attiré, et les lui laisser pour le distraire
(après tout, il n’en demande pas davantage). Mais la peur me
rend maladroit. Je n’y parviens pas. J’observe, fasciné, les
ondulations puissantes de la créature : cette tête qui balance
de droite et de gauche, ce corps souple, cette ample queue
verticale qui godille. Superbe créature... dont je n’ai cependant
pas l’intention de devenir le dîner !
En nageant sur le dos, j’avise un rocher qui émerge. Je
parviens à l’atteindre. Lorsque j’en suis à une brasse, je me
propulse hors de l’eau avec une énergie dont je ne me serais
jamais cru capable... Tout se passe en une seconde : le saut
que j’accomplis et la charge du squale. Je n’ai le temps de rien
voir : des éclaboussures, un bouillonnement d’écume... Je me
retrouve assis sur le caillou, apparemment entier. Sauf que j’ai
perdu une palme, et que celle qui me reste porte de profondes
coupures disposées en demi-cercle, comme un pointillé...
Ainsi se passe ma première entrevue avec un requin. Dans
les eaux de la Corse... Lorsque j’y réfléchis, je me dis que c’est
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Un jour que je plonge pour prendre les quatre poissons du
dîner (pas un de plus !), je décide de conclure sportivement
mon bain. Je me lance dans le tour de la Grande Sanguinaire à
la nage. Poup m’accompagne, mais nous sommes loin l’un de
l’autre.
J’ai accroché mes poissons à ma ceinture. Je sens que je suis
suivi. Je me retourne.
Un requin !
Un gros. Long de deux mètres cinquante ou davantage...
Un requin bleu, ou peau-bleue. Un squale à la réputation de
tueur. Taillé pour la vie aquatique... Une machine à nager,
avec une gueule aux dents impressionnantes et de petits yeux
noirs, sans expression... J’essaie de ne pas céder à la panique :
c’est le premier que je rencontre dans son environnement
naturel. Je ne le quitte pas du regard : je sais déjà que ce serait
une erreur.
Je nage à reculons, en tenant l’animal à distance à l’aide de
la flèche de mon fusil. Je voudrais détacher de ma ceinture les
poissons morts qui l’ont attiré, et les lui laisser pour le distraire
(après tout, il n’en demande pas davantage). Mais la peur me
rend maladroit. Je n’y parviens pas. J’observe, fasciné, les
ondulations puissantes de la créature : cette tête qui balance
de droite et de gauche, ce corps souple, cette ample queue
verticale qui godille. Superbe créature... dont je n’ai cependant
pas l’intention de devenir le dîner !
En nageant sur le dos, j’avise un rocher qui émerge. Je
parviens à l’atteindre. Lorsque j’en suis à une brasse, je me
propulse hors de l’eau avec une énergie dont je ne me serais
jamais cru capable... Tout se passe en une seconde : le saut
que j’accomplis et la charge du squale. Je n’ai le temps de rien
voir : des éclaboussures, un bouillonnement d’écume... Je me
retrouve assis sur le caillou, apparemment entier. Sauf que j’ai
perdu une palme, et que celle qui me reste porte de profondes
coupures disposées en demi-cercle, comme un pointillé...
Ainsi se passe ma première entrevue avec un requin. Dans
les eaux de la Corse... Lorsque j’y réfléchis, je me dis que c’est
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