CAPITAINE DE LA CALYPSO
L’arme repose par dix mètres de fond dans le port de Savone.
Elle y est encore.
Nous récupérons nos papiers, mais nous sommes consignés
à bord jusqu’à nouvel ordre. Nous allons nous coucher. A trois
heures du matin, l’Oncle se réveille ; il jette un œil sur le quai :
notre cerbère à mousqueton a disparu ! L’Oncle nous secoue.
Nous ne nous posons pas de question : en une minute,
l’amarre est larguée et le moteur lancé (le brave démarre au
quart de tour). Nous nous éloignons du môle. Salut, Savone!
Nous hissons la voile et naviguons grand train jusqu’au cap
Melo, que nous doublons l’après-midi. Poup, en verve
culinaire, nous confectionne une omelette aux orties de mer.
J’ai perdu cette recette. Je confirme que les orties de mer se
mangent cuites ; mais, lorsqu’elles sont vivantes, ce sont elles
qui cuisent le cuisinier maladroit ! Ces petites méduses rose et
vert sont munies de filaments garnis de cellules urticantes.
Poup fait un faux mouvement : il m’en laisse tomber une sur
l’épaule : la brûlure me fait un mal de chien. J’en frissonne de
fièvre pendant douze heures. J’en garde une cicatrice rouge
pendant trois semaines — comme un forçat sa marque
d’infamie !
Nous reprenons la route liquide. C’est dimanche : nous
tentons d’approcher du port d’imperia, où se déroulent des
régates et des matches de water-polo. A peine avons-nous le
temps d’assister au premier quart du spectacle qu’une vedette
de la police se dirige vers nous. Nous l’évitons en nous faufilant
parmi les concurrents. Nous gouvernons vers le large.
Nous passons Vintimille et la frontière française. Nous
affalons le pavillon italien de fortune que Boboss nous avait
confectionné a Capree, avec des bouts de chiffons dénichés je
ne sais où dans la cale.
A Menton, nous dormons douze heures. Ensuite, nous nous
livrons sur la plage à quelques-unes de nos gamineries
favorites. En voici une : à l’heure où les baigneurs sont
nombreux, Boboss fait mine de donner une leçon de natation à
Poup. Il joue les professeurs sévères, puis caractériels, puis
66
L’arme repose par dix mètres de fond dans le port de Savone.
Elle y est encore.
Nous récupérons nos papiers, mais nous sommes consignés
à bord jusqu’à nouvel ordre. Nous allons nous coucher. A trois
heures du matin, l’Oncle se réveille ; il jette un œil sur le quai :
notre cerbère à mousqueton a disparu ! L’Oncle nous secoue.
Nous ne nous posons pas de question : en une minute,
l’amarre est larguée et le moteur lancé (le brave démarre au
quart de tour). Nous nous éloignons du môle. Salut, Savone!
Nous hissons la voile et naviguons grand train jusqu’au cap
Melo, que nous doublons l’après-midi. Poup, en verve
culinaire, nous confectionne une omelette aux orties de mer.
J’ai perdu cette recette. Je confirme que les orties de mer se
mangent cuites ; mais, lorsqu’elles sont vivantes, ce sont elles
qui cuisent le cuisinier maladroit ! Ces petites méduses rose et
vert sont munies de filaments garnis de cellules urticantes.
Poup fait un faux mouvement : il m’en laisse tomber une sur
l’épaule : la brûlure me fait un mal de chien. J’en frissonne de
fièvre pendant douze heures. J’en garde une cicatrice rouge
pendant trois semaines — comme un forçat sa marque
d’infamie !
Nous reprenons la route liquide. C’est dimanche : nous
tentons d’approcher du port d’imperia, où se déroulent des
régates et des matches de water-polo. A peine avons-nous le
temps d’assister au premier quart du spectacle qu’une vedette
de la police se dirige vers nous. Nous l’évitons en nous faufilant
parmi les concurrents. Nous gouvernons vers le large.
Nous passons Vintimille et la frontière française. Nous
affalons le pavillon italien de fortune que Boboss nous avait
confectionné a Capree, avec des bouts de chiffons dénichés je
ne sais où dans la cale.
A Menton, nous dormons douze heures. Ensuite, nous nous
livrons sur la plage à quelques-unes de nos gamineries
favorites. En voici une : à l’heure où les baigneurs sont
nombreux, Boboss fait mine de donner une leçon de natation à
Poup. Il joue les professeurs sévères, puis caractériels, puis
66
