LE PÉRIPLE DE LA MER LIGURE
boîte de chocolats. Nous chantons La Marseillaise en nageant
dans l’eau bleue de la Méditerranée.
Nous passons une nuit agitée dans le port de Vernazza.
Vent, pluie, éclairs, tonnerre; houle énorme... Ce petit havre
est mal abrité. Les coques des bateaux se frôlent ou se
choquent. Nous ne fermons l’œil que pour des périodes
inférieures au temps normalement nécessaire pour commencer
un rêve.
Au matin, le vent persiste et la mer moutonne. Le moteur du
Surcouf noyé, refuse de ronfler (contrairement à notre ami
Boboss qui a décidé de dormir envers et contre tout). Nous lui
réchauffons les bougies au butane (au moteur, pas à Boboss).
Et le Surcouf affronte vaillamment les vagues du golfe de Gênes,
où elles sont fortes et où les courants sont diaboliques.
Nous arrivons à Savone à l’instant où l’horloge de l’hôtel de
ville sonne les huit coups du soir. La capitainerie est fermée.
Nous tombons sur une patrouille de la police militaire, qui
laisse un homme en armes sur le quai pour nous surveiller.
Interdiction de bouger jusqu’à l’ouverture des bureaux.
Nous n’avons rien à boire, ni à manger. Les passagers d’un
yacht français, près duquel nous nous sommes amarrés, nous
prennent en pitié. Ils installent un système de cordes et de
poulies, grâce à quoi ils nous envoient le pastis, puis la salade,
puis des omelettes baveuses, puis du vin, puis des cafés.
Nous nous goinfrons. Le soldat fonctionnaire bat la semelle
sur le môle : il n’ose accepter l’apéritif, ni l’assiette garnie que
nous lui proposons. Il lorgne avec envie sur ce festin...
Aux heures légales de bureau, nous recevons la visite des
carabiniers, puis celle des douaniers. Nous ne sommes pas
davantage en règle qu’à Livourne : les mêmes causes produisant les mêmes effets, on nous soupçonne des pires trafics. Les
douaniers ne trouvent pas le moindre brimborion de cigarette
américaine à nous reprocher, mais ils nous font les gros yeux :
ainsi s’assoit l’autorité des hommes. Ils ignorent que j’avais
trouvé en plongée, près de Caprée, un fusil de guerre
allemand : nous nous en sommes débarrassés pendant la nuit.
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