CAPITAINE DE LA CALYPSO
Surcouf. Notre compte est bon. Nous moisirons au fond d’un
cul-de-basse-fosse italien, au pain et à l’eau... Mais le commissaire est bon enfant : il nous boucle, Poup et moi-même ; et il
autorise Paul et l’Oncle à aller en ville acheter de l’eau et des
vivres. C’est ainsi que je n’aurai pas le plaisir d’admirer la
fontaine du Quatramores et la statue de Cavour !
Lâchés par les carabiniers, nous passons une demi-journée
dans le port : le Surcouf est amarré à côté d’un cuirassé dont les
seules chaloupes sont deux fois plus grandes que lui.
Nous repartons vers Viareggio, où nous redoutons de
nouveaux ennuis avec la police. Personne ne nous demande
nos papiers. Nous débarquons dans cette station touristique,
où nos pantalons bleus et nos tricots rayés d’opérette font
sensation.
Au matin du 14 juillet, nous sommes réveillés par le remue
ménage des chalutiers qui rentrent de la pêche. Les cris des
marins ; les prix que les mareyeurs proposent à toute vitesse, et
qui ne sont compris que des pêcheurs et d’eux-mêmes ; le bleu
argenté des poissons dans les caisses ; les poulpes violacés, les
crustacés qui grouillent, les coquilles Saint-Jacques alignées
dans leurs paniers : en un mot, cette ambiance des ports de
pêche où je me sens chez moi...
Nous levons l’ancre et nous mettons le cap au nord. Un
grand bruit monte de la cloche d’embrayage : ça fume du côté
du roulement à billes de la butée de l’arbre d’hélice. Ça fume à
grosses volutes ; tellement que ça casse.
Pas de pièce de rechange, mais Boboss est bon mécano. Il
démonte la moitié du moteur (en mer, c’est agréable :
quelques coups de roulis, et tout passe par-dessus bord — les
vis, les pièces de rechange et, bien entendu, le repas matinal du
réparateur). L Oncle bricole. Il rajoute de la graisse, beaucoup
de graisse. Ça semble tenir. Ça tient. En vérité, ça tient par la
graisse... En avant lente, nous rallions le phare de La Spezia.
Nous célébrons la fête nationale française en même temps que
celle de l’Oncle (la Saint-Henri), qui reçoit en cadeau une
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Surcouf. Notre compte est bon. Nous moisirons au fond d’un
cul-de-basse-fosse italien, au pain et à l’eau... Mais le commissaire est bon enfant : il nous boucle, Poup et moi-même ; et il
autorise Paul et l’Oncle à aller en ville acheter de l’eau et des
vivres. C’est ainsi que je n’aurai pas le plaisir d’admirer la
fontaine du Quatramores et la statue de Cavour !
Lâchés par les carabiniers, nous passons une demi-journée
dans le port : le Surcouf est amarré à côté d’un cuirassé dont les
seules chaloupes sont deux fois plus grandes que lui.
Nous repartons vers Viareggio, où nous redoutons de
nouveaux ennuis avec la police. Personne ne nous demande
nos papiers. Nous débarquons dans cette station touristique,
où nos pantalons bleus et nos tricots rayés d’opérette font
sensation.
Au matin du 14 juillet, nous sommes réveillés par le remue
ménage des chalutiers qui rentrent de la pêche. Les cris des
marins ; les prix que les mareyeurs proposent à toute vitesse, et
qui ne sont compris que des pêcheurs et d’eux-mêmes ; le bleu
argenté des poissons dans les caisses ; les poulpes violacés, les
crustacés qui grouillent, les coquilles Saint-Jacques alignées
dans leurs paniers : en un mot, cette ambiance des ports de
pêche où je me sens chez moi...
Nous levons l’ancre et nous mettons le cap au nord. Un
grand bruit monte de la cloche d’embrayage : ça fume du côté
du roulement à billes de la butée de l’arbre d’hélice. Ça fume à
grosses volutes ; tellement que ça casse.
Pas de pièce de rechange, mais Boboss est bon mécano. Il
démonte la moitié du moteur (en mer, c’est agréable :
quelques coups de roulis, et tout passe par-dessus bord — les
vis, les pièces de rechange et, bien entendu, le repas matinal du
réparateur). L Oncle bricole. Il rajoute de la graisse, beaucoup
de graisse. Ça semble tenir. Ça tient. En vérité, ça tient par la
graisse... En avant lente, nous rallions le phare de La Spezia.
Nous célébrons la fête nationale française en même temps que
celle de l’Oncle (la Saint-Henri), qui reçoit en cadeau une
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