LE PÉRIPLE DE LA MER LIGURE
de Gorgone, que nous touchons à la nuit tombée au milieu
d’une flottille de pêcheurs au lamparo. Le spectacle est
admirable — toutes ces lampes qui illuminent la mer pour
attirer le poisson... La méthode est contestable : la pêche au
lamparo constitue un pillage caractérisé des ressources piscicoles ; elle est interdite dans de nombreux pays.
A cette époque, l’île de Gorgone sert de pénitencier. Le port
seul est ouvert aux plaisanciers. Lorsque deux Italiens d’allure
bizarre nous demandent en catimini de les conduire à
Livourne, nous éprouvons une légère inquiétude. Je ne saurai
jamais s’il s’agissait d’évadés. Ils en avaient l’apparence.
Craignant de ne pas être en règle nous-mêmes, nous nous
défilons.
Nous quittons Gorgone à l’aube. A 10 heures, le Surcouf
navigue sur un haut-fond qui m’intrigue. Nous mettons en
panne et je plonge. Des débris d’un naufrage. Des amphores
dont le col dépasse du sédiment... Une épave antique!
Je voudrais l’explorer, mais je dois remonter d’urgence en
surface. J’ai eu les oreilles déchirées sous l’eau par des séries de
violentes explosions qui m’ont laissé momentanément sourd.
Je comprends lorsque je m’aperçois qu’à moins de dix
encablures du Surcouf des pêcheurs de Livourne massacrent le
poisson à la dynamite. Sans se cacher, quoique le procédé soit
prohibé... Un désastre! Partout alentour flottent des cadavres
d’animaux — non seulement de poissons adultes et comestibles, mais d’espèces immangeables, de juvéniles, de crustacés,
de mollusques, de larves de toutes sortes... La pêche au
lamparo et à la dynamite sont deux plaies de la Méditerranée
(et d’autres mers du monde, comme je l’ai constaté depuis).
Hélas ! elles sont toujours pratiquées.
Livourne (Livorno) : un grand port industriel dont l’arrièrepays s’appelle la Toscane... Nous n’en voyons d’abord que le
bureau des carabiniers, où nous sommes amenés comme des
bandits, pour une vérification d’identité approfondie et circonstanciée. Nous n’avons ni passeport, ni certificat de santé
(obligatoires, à l’époque), ni papiers dignes de ce nom pour le
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de Gorgone, que nous touchons à la nuit tombée au milieu
d’une flottille de pêcheurs au lamparo. Le spectacle est
admirable — toutes ces lampes qui illuminent la mer pour
attirer le poisson... La méthode est contestable : la pêche au
lamparo constitue un pillage caractérisé des ressources piscicoles ; elle est interdite dans de nombreux pays.
A cette époque, l’île de Gorgone sert de pénitencier. Le port
seul est ouvert aux plaisanciers. Lorsque deux Italiens d’allure
bizarre nous demandent en catimini de les conduire à
Livourne, nous éprouvons une légère inquiétude. Je ne saurai
jamais s’il s’agissait d’évadés. Ils en avaient l’apparence.
Craignant de ne pas être en règle nous-mêmes, nous nous
défilons.
Nous quittons Gorgone à l’aube. A 10 heures, le Surcouf
navigue sur un haut-fond qui m’intrigue. Nous mettons en
panne et je plonge. Des débris d’un naufrage. Des amphores
dont le col dépasse du sédiment... Une épave antique!
Je voudrais l’explorer, mais je dois remonter d’urgence en
surface. J’ai eu les oreilles déchirées sous l’eau par des séries de
violentes explosions qui m’ont laissé momentanément sourd.
Je comprends lorsque je m’aperçois qu’à moins de dix
encablures du Surcouf des pêcheurs de Livourne massacrent le
poisson à la dynamite. Sans se cacher, quoique le procédé soit
prohibé... Un désastre! Partout alentour flottent des cadavres
d’animaux — non seulement de poissons adultes et comestibles, mais d’espèces immangeables, de juvéniles, de crustacés,
de mollusques, de larves de toutes sortes... La pêche au
lamparo et à la dynamite sont deux plaies de la Méditerranée
(et d’autres mers du monde, comme je l’ai constaté depuis).
Hélas ! elles sont toujours pratiquées.
Livourne (Livorno) : un grand port industriel dont l’arrièrepays s’appelle la Toscane... Nous n’en voyons d’abord que le
bureau des carabiniers, où nous sommes amenés comme des
bandits, pour une vérification d’identité approfondie et circonstanciée. Nous n’avons ni passeport, ni certificat de santé
(obligatoires, à l’époque), ni papiers dignes de ce nom pour le
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