CAPITAINE DE LA CALYPSO
Capraia (Caprée, l’île des Chèvres). Le mistral nous pousse.
Cap à l’est au vent arrière, moteur à fond, voile carguée.
Le Surcouf n’est jamais allé aussi vite.
Nous trouvons l’entrée du port de Caprée vers minuit — un
peu à tâtons. Nous nous rangeons à quai entre deux yachts
immaculés. Le Surcouf ressemble à une 4 CV entre deux Rolls.
Nous n’en sommes que plus fiers. Nous nous endormons du
sommeil du loup de mer.
Au matin, nous prenons conscience que nous sommes en
Italie. Depuis cette époque, j’ai visité une soixantaine de pays
du monde, du Guatemala à l’Indonésie et du Chili au
Rwanda. Aucun ne m’a plus impressionné que l’Italie ce jourlà. C’est la première terre que je foule où l’on ne parle ni le
français, ni le provençal...
A la capitainerie, où nous allons accomplir nos formalités
d’escale, la compréhension ne règne pas. On nous confisque
nos papiers (en 1950, l’Europe n’est encore qu’un projet dans
la tête de Jean Monnet et de ses amis!). On nous explique
quantité de choses essentielles, mais à toute vitesse et en
italien. Nous répondons dans un français mâtiné d’un sabir
anglo-italien, probablement à côté de la question. Tout finit
par s’arranger puisqu’on nous rend à notre Surcouf— et à la
mer.
Nous achetons de l’eau (celle-ci se donne rarement, dans les
îles méditerranéennes). Nous pêchons notre friture du jour —
une brochette de rougets plus rouges que le drapeau de
l’Union soviétique.
Nous apprenons qu une Française tient un restaurant au
village. Nous lui rendons visite. Elle nous accueille avec la
chaleur que nous sommes en droit d’espérer d’une compatriote. Quand nous lui achetons des vivres, les affaires
redeviennent les affaires. Elle nous vend de l’huile des
fromages, de la charcuterie et du pain à un prix de mkrché
noir, et nous change de l’argent à un taux d’escroquerie pure et
simple.
Nous quittons le port en fin de journée, en direction de l’île
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Capraia (Caprée, l’île des Chèvres). Le mistral nous pousse.
Cap à l’est au vent arrière, moteur à fond, voile carguée.
Le Surcouf n’est jamais allé aussi vite.
Nous trouvons l’entrée du port de Caprée vers minuit — un
peu à tâtons. Nous nous rangeons à quai entre deux yachts
immaculés. Le Surcouf ressemble à une 4 CV entre deux Rolls.
Nous n’en sommes que plus fiers. Nous nous endormons du
sommeil du loup de mer.
Au matin, nous prenons conscience que nous sommes en
Italie. Depuis cette époque, j’ai visité une soixantaine de pays
du monde, du Guatemala à l’Indonésie et du Chili au
Rwanda. Aucun ne m’a plus impressionné que l’Italie ce jourlà. C’est la première terre que je foule où l’on ne parle ni le
français, ni le provençal...
A la capitainerie, où nous allons accomplir nos formalités
d’escale, la compréhension ne règne pas. On nous confisque
nos papiers (en 1950, l’Europe n’est encore qu’un projet dans
la tête de Jean Monnet et de ses amis!). On nous explique
quantité de choses essentielles, mais à toute vitesse et en
italien. Nous répondons dans un français mâtiné d’un sabir
anglo-italien, probablement à côté de la question. Tout finit
par s’arranger puisqu’on nous rend à notre Surcouf— et à la
mer.
Nous achetons de l’eau (celle-ci se donne rarement, dans les
îles méditerranéennes). Nous pêchons notre friture du jour —
une brochette de rougets plus rouges que le drapeau de
l’Union soviétique.
Nous apprenons qu une Française tient un restaurant au
village. Nous lui rendons visite. Elle nous accueille avec la
chaleur que nous sommes en droit d’espérer d’une compatriote. Quand nous lui achetons des vivres, les affaires
redeviennent les affaires. Elle nous vend de l’huile des
fromages, de la charcuterie et du pain à un prix de mkrché
noir, et nous change de l’argent à un taux d’escroquerie pure et
simple.
Nous quittons le port en fin de journée, en direction de l’île
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