LE PÉRIPLE DE LA MER LIGURE
premiers documents que j’ai étudiés, barbouillés de traits de
crayon incertains et piquetés de la pointe de mon compas.
Saint-Florent, de nouveau. Tournevis et cambouis. Ça
marche! Nous lançons notre B14 Citroën comme un vaisseau
de ligne. Hors du port, nous faisons route vers le cap Corse.
Calanques frangées de plages virginales et dominées par les
croupes bleues des montagnes... Le vent se lève. Nous
louvoyons parmi les flotteurs de casiers à langoustes. Sur les
conseils d’un pêcheur, nous mouillons dans la baie de Centuri,
qui abrite l’une des plus charmantes marines du cap Corse et
constitue une base de langoustiers.
La météo n’annonce que de mauvaises choses. Nous doublons nos amarres. Nous mettons pied à terre : les petites
maisons au crépi ocre, rose ou blanc ont des toits de lauzes
taillées dans de la serpentine verte.
Boboss, qui est un peu corse, possède de la famille dans le
village voisin d’Ersa. Il m’emmène en visite. Nous marchons
deux heures sur un chemin qui se perd dans la confusion du
maquis, avant de rejoindre la grand-route. Entre les bruyères
géantes, les arbousiers et les pistachiers, nous apercevons l’îlot
de la Giraglia et son phare, qui marquent l’extrémité nord de
l’île de Beauté. La récompense vient, chez les cousins de
Boboss, sous la forme d’un accueil typiquement... corse, à quoi
s’ajoutent un panier d’œufs frais et un cageot de prunes.
Pendant notre absence, l’Oncle et Poup ont fait la lessive.
C’est la meilleure nouvelle de la journée.
Nous méprisons les avertissements de la météo — et ceux
des pêcheurs. Nous levons l’ancre avec la tempête. Un zeste de
masochisme, peut-être? J’éprouve un plaisir charnel à sentir
les vagues frapper la coque du Surcouf. Je prends la barre et je
joue avec elles. J’essaie de deviner leur vitesse et leur
trajectoire, afin de les aborder selon l’angle qui les épouse, et
non celui qui les affronte. Quand la manœuvre est réussie, le
Surcouf s’envole — et moi, je plane.
Une heure plus tard, nous doublons le cap Corse. Au revoir,
Kyrnos ou Kallystê ! Nous mettons le cap sur l’île italienne de
61
premiers documents que j’ai étudiés, barbouillés de traits de
crayon incertains et piquetés de la pointe de mon compas.
Saint-Florent, de nouveau. Tournevis et cambouis. Ça
marche! Nous lançons notre B14 Citroën comme un vaisseau
de ligne. Hors du port, nous faisons route vers le cap Corse.
Calanques frangées de plages virginales et dominées par les
croupes bleues des montagnes... Le vent se lève. Nous
louvoyons parmi les flotteurs de casiers à langoustes. Sur les
conseils d’un pêcheur, nous mouillons dans la baie de Centuri,
qui abrite l’une des plus charmantes marines du cap Corse et
constitue une base de langoustiers.
La météo n’annonce que de mauvaises choses. Nous doublons nos amarres. Nous mettons pied à terre : les petites
maisons au crépi ocre, rose ou blanc ont des toits de lauzes
taillées dans de la serpentine verte.
Boboss, qui est un peu corse, possède de la famille dans le
village voisin d’Ersa. Il m’emmène en visite. Nous marchons
deux heures sur un chemin qui se perd dans la confusion du
maquis, avant de rejoindre la grand-route. Entre les bruyères
géantes, les arbousiers et les pistachiers, nous apercevons l’îlot
de la Giraglia et son phare, qui marquent l’extrémité nord de
l’île de Beauté. La récompense vient, chez les cousins de
Boboss, sous la forme d’un accueil typiquement... corse, à quoi
s’ajoutent un panier d’œufs frais et un cageot de prunes.
Pendant notre absence, l’Oncle et Poup ont fait la lessive.
C’est la meilleure nouvelle de la journée.
Nous méprisons les avertissements de la météo — et ceux
des pêcheurs. Nous levons l’ancre avec la tempête. Un zeste de
masochisme, peut-être? J’éprouve un plaisir charnel à sentir
les vagues frapper la coque du Surcouf. Je prends la barre et je
joue avec elles. J’essaie de deviner leur vitesse et leur
trajectoire, afin de les aborder selon l’angle qui les épouse, et
non celui qui les affronte. Quand la manœuvre est réussie, le
Surcouf s’envole — et moi, je plane.
Une heure plus tard, nous doublons le cap Corse. Au revoir,
Kyrnos ou Kallystê ! Nous mettons le cap sur l’île italienne de
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