CAPITAINE DE LA CALYPSO
de démarrer, etc. Il vit des moments de sueur et de crise au
cours desquels il lui arrive de regretter d’être là.
Quand l’eau chuinte de nouveau sur les bordées de la coque,
et que la ligne d’horizon se dessine droit devant, le bonheur
recommence. Ce sont les hauts et les bas du métier. Une sorte
de tangage moral...
Nous mettons le cap au nord. A midi, nous jetons l’ancre
sous l’îlot rocheux du Palazzo, avec sa tour génoise et son
canon de bronze. De nouveau, je plonge. La curiosité pour ce
qui vit sous la surface est déjà devenue chez moi une maladie
incurable. Je découvre, par vingt mètres de fond, une grotte
merveilleuse dont les parois et le plafond sont entièrement
hérissés de buissons de corail rouge — le corail des joailliers.
Les milliers de polypes blancs qui décorent ces branches
minérales tantôt roses et tantôt pourpres ont déployé leurs
tentacules dans la pénombre : on jurerait une forêt d’arbres de
Noël.
Route au nord, de nouveau. Après un petit en-cas arrosé
d’une bouteille de vin rouge, l’équipage du Surcouf chante.
Nous filons vers Galeria en hissant la voile. Escale. Chocolat,
œufs, pain frais, allumettes et boissons. Nous nous donnons
l’illusion d’être des pirates barbaresques qui cabotent le long
des côtes de la Corse ; mais nous payons de nos (rares) deniers
nos razzias dans les magasins.
Vent portant, nous filons vers Calvi. Avant de passer sous le
phare de la Revellata, nous visitons avec précaution la grotte
des Veaux marins. Site superbe : l’auvent de roche, travaillé
par la mer dans un minéral rouge et rose, se prolonge par une
galerie de deux cents mètres de longueur où l’eau atteint une
profondeur de cinq à dix mètres. Jadis, cette caverne était la
maison des phoques moines. Mais ces mammifères marins qui
hantaient la Méditerranée d’Ulysse et du philosophe Aristote
(lequel les observa et les décrivit) sont en voie d’extinction. En
1950, ils habitent encore la Corse : dans la grotte des Veaux
marins, nous n’en voyons pas ; mais nous apercevons leurs
traces, sous la forme d’une curieuse couleur rouge du sable,
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de démarrer, etc. Il vit des moments de sueur et de crise au
cours desquels il lui arrive de regretter d’être là.
Quand l’eau chuinte de nouveau sur les bordées de la coque,
et que la ligne d’horizon se dessine droit devant, le bonheur
recommence. Ce sont les hauts et les bas du métier. Une sorte
de tangage moral...
Nous mettons le cap au nord. A midi, nous jetons l’ancre
sous l’îlot rocheux du Palazzo, avec sa tour génoise et son
canon de bronze. De nouveau, je plonge. La curiosité pour ce
qui vit sous la surface est déjà devenue chez moi une maladie
incurable. Je découvre, par vingt mètres de fond, une grotte
merveilleuse dont les parois et le plafond sont entièrement
hérissés de buissons de corail rouge — le corail des joailliers.
Les milliers de polypes blancs qui décorent ces branches
minérales tantôt roses et tantôt pourpres ont déployé leurs
tentacules dans la pénombre : on jurerait une forêt d’arbres de
Noël.
Route au nord, de nouveau. Après un petit en-cas arrosé
d’une bouteille de vin rouge, l’équipage du Surcouf chante.
Nous filons vers Galeria en hissant la voile. Escale. Chocolat,
œufs, pain frais, allumettes et boissons. Nous nous donnons
l’illusion d’être des pirates barbaresques qui cabotent le long
des côtes de la Corse ; mais nous payons de nos (rares) deniers
nos razzias dans les magasins.
Vent portant, nous filons vers Calvi. Avant de passer sous le
phare de la Revellata, nous visitons avec précaution la grotte
des Veaux marins. Site superbe : l’auvent de roche, travaillé
par la mer dans un minéral rouge et rose, se prolonge par une
galerie de deux cents mètres de longueur où l’eau atteint une
profondeur de cinq à dix mètres. Jadis, cette caverne était la
maison des phoques moines. Mais ces mammifères marins qui
hantaient la Méditerranée d’Ulysse et du philosophe Aristote
(lequel les observa et les décrivit) sont en voie d’extinction. En
1950, ils habitent encore la Corse : dans la grotte des Veaux
marins, nous n’en voyons pas ; mais nous apercevons leurs
traces, sous la forme d’une curieuse couleur rouge du sable,
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