CAPITAINE DE LA CALYPSO
garimpeiros — sillonnent la forêt. Leurs mœurs sont plutôt
brutales : ils dégainent comme au Far West.
Nous les observons longuement dans deux endroits de
cauchemar. Sur le rio Madeira, des nuées de pauvres orpailleurs travaillent à la pioche, à la pelle et à la bâtée — comme
au temps de la ruée en Californie ou en Alaska. Certains
d’entre eux ont quitté femme et enfants depuis six mois et ne
rapporteront même pas à la maison de quoi vivre le reste de
l’année. Pour extraire l’or du sable, ils utilisent le mercure, qui
forme un amalgame avec le métal jaune. A la suite de quoi, ils
brûlent le mélange au chalumeau pour séparer les deux corps.
Ils ignorent qu’en agissant de la sorte ils inspirent de
dangereuses vapeurs mercurielles : ils s’empoisonnent. Ils
abandonnent sur le sable ou dans l’eau le mercure en excès,
qui pollue désormais dangereusement le rio Madeira.
Sur cette rivière, les garimpeiros les plus riches possèdent une
barge, qu’ils ancrent au fond. Ils plongent avec un masque et
un tuyau respiratoire (un narguilé) pour promener dans le
sédiment l’embout d’une suceuse : le sable aspiré passe sur des
plans inclinés, où il est lavé. Notre ami Arturo Calvo accepte
de plonger dans les mêmes conditions que ces forçats du
précieux métal : il remonte épouvanté. Là-dessous, on n’y voit
pas à trente centimètres. Le courant est énorme. Les hommes
restent parfois quatre heures immergés : les accidents de
décompression sont fréquents. Sans compter que les concurrents s’attaquent à coups de couteau pour s’approprier les
meilleurs emplacements...
L’autre haut lieu de l’or, au Brésil, s’appelle Serra Pelada —
la « Montagne pelée ». Il porte bien son nom. Dans une
excavation gigantesque, des milliers d’hommes-fourmis creusent, creusent, creusent jour et nuit, dans l’espoir obsessionnel
de trouver l’énorme pépite qui fera leur fortune. La maladie,
l’épuisement, les éboulements de terrain les tuent. Hormis
quelques chanceux, ils ne gagnent rien — ou reperdent
aussitôt au bordel ou au jeu ce qu’ils avaient amassé. Ils
piochent, pellettent ou portent sur leur tête, en escaladant des
368
Précédent

- 400/424

Suivant