CAPITAINE DE LA CALYPSO
perdue. Nous mettons le Zodiac à l’eau. Je l’appelle en lui
proposant des poissons. Elle saute sur mes genoux, comme si
elle avait simplement voulu se dégourdir les nageoires un
moment.
Je ne suis pas loin de devenir gâteux quand je contemple
Catcha. C’est un concentré de grâce et de légèreté. Comment
peut-on vouloir voler la peau d’un être aussi parfait ? Je ne le
comprendrai jamais. Pourtant, c’est un fait : la loutre géante
du Brésil, traquée par les braconniers avec la même hargne
que la loutre de mer, est aujourd’hui inscrite sur la liste des
quinze espèces de mammifères les plus menacées d’extinction.
Une autre espèce va mal : le lamantin (ou manatï) d’Amazonie. Nous aidons une équipe de scientifiques de FI.N.R.A.
(Institut national de recherches amazoniennes), dirigée par le
docteur Robin Best, à en capturer une douzaine de sujets dans
un lac de la région de Tefé. Le but est de transporter ces
animaux d’une zone où ils sont en danger (parce que trop
chassés) vers un parc où ils jouiront des protections nécessaires. Le lamantin d’Amazonie ressemble à son cousin de
Floride : c’est un Sirénien — une « vache de mer ». Son corps
en torpille, adapté à la nage, fait oublier qu’il a des ancêtres
communs avec l’éléphant. L’espèce d’Amazonie est noire
comme un diable, avec une tache blanche sur la poitrine ; elle
n’a pas de griffes au bout des doigts. Elle se nourrit d’herbes
aquatiques, notamment de cette « peste » envahissante, aux
jolies fleurs mauves, qu’on appelle jacinthe d’eau.
Le lamantin se raréfie parce que les colons du fleuve
trouvent sa chair aussi bonne que le bœuf : du reste, les caboclos
le nomment peixe bos, « poisson-bœuf ». Ce n’est pas une
sinécure que de prendre au filet, de maîtriser et de charger
dans une barge des animaux dont certains atteignent quatre
mètres de longueur et pèsent quatre cent cinquante kilogrammes... Nous y réussissons. Quand nous relâchons ces
créatures énormes et attendrissantes dans le lac où elles seront
enfin en sécurité, un petit de quelques mois, dont la mère a été
tuée et qui pèse à peine cinquante kilogrammes, refuse de nous
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perdue. Nous mettons le Zodiac à l’eau. Je l’appelle en lui
proposant des poissons. Elle saute sur mes genoux, comme si
elle avait simplement voulu se dégourdir les nageoires un
moment.
Je ne suis pas loin de devenir gâteux quand je contemple
Catcha. C’est un concentré de grâce et de légèreté. Comment
peut-on vouloir voler la peau d’un être aussi parfait ? Je ne le
comprendrai jamais. Pourtant, c’est un fait : la loutre géante
du Brésil, traquée par les braconniers avec la même hargne
que la loutre de mer, est aujourd’hui inscrite sur la liste des
quinze espèces de mammifères les plus menacées d’extinction.
Une autre espèce va mal : le lamantin (ou manatï) d’Amazonie. Nous aidons une équipe de scientifiques de FI.N.R.A.
(Institut national de recherches amazoniennes), dirigée par le
docteur Robin Best, à en capturer une douzaine de sujets dans
un lac de la région de Tefé. Le but est de transporter ces
animaux d’une zone où ils sont en danger (parce que trop
chassés) vers un parc où ils jouiront des protections nécessaires. Le lamantin d’Amazonie ressemble à son cousin de
Floride : c’est un Sirénien — une « vache de mer ». Son corps
en torpille, adapté à la nage, fait oublier qu’il a des ancêtres
communs avec l’éléphant. L’espèce d’Amazonie est noire
comme un diable, avec une tache blanche sur la poitrine ; elle
n’a pas de griffes au bout des doigts. Elle se nourrit d’herbes
aquatiques, notamment de cette « peste » envahissante, aux
jolies fleurs mauves, qu’on appelle jacinthe d’eau.
Le lamantin se raréfie parce que les colons du fleuve
trouvent sa chair aussi bonne que le bœuf : du reste, les caboclos
le nomment peixe bos, « poisson-bœuf ». Ce n’est pas une
sinécure que de prendre au filet, de maîtriser et de charger
dans une barge des animaux dont certains atteignent quatre
mètres de longueur et pèsent quatre cent cinquante kilogrammes... Nous y réussissons. Quand nous relâchons ces
créatures énormes et attendrissantes dans le lac où elles seront
enfin en sécurité, un petit de quelques mois, dont la mère a été
tuée et qui pèse à peine cinquante kilogrammes, refuse de nous
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