CAPITAINE DE LA CALYPSO
dans une zone où sévit le paludisme, maladie qui leur était
épargnée lorsqu’ils habitaient les profondeurs de la forêt. »
Les Indiens d’Amazonie étaient probablement deux millions lorsque les conquistadores espagnols et portugais ont
commencé de les exterminer — par le fer ou par le feu, en les
réduisant en esclavage ou en leur transmettant leurs maladies
(parfois volontairement : on offrait en cadeau aux « Sauvages » des couvertures de varioleux). A l’heure actuelle, on
n’en compte plus que deux cent mille... Beaucoup de ces
misérables, privés de leurs terrains de chasse, sont allés grossir
les rangs des mendiants des bidonvilles d’Iquitos, de Manaus
ou de Belém... Nous en aurons bien des preuves, par exemple
en rendant visite aux Txukahamei du Xingu, qui ne dansent
que pour les touristes et qui, une fois ceux-ci partis, remettent
leurs shorts et leurs Adidas et vont se soûler à la bière !
Au fil de l’eau, je songe à cette expédition formidable durant
laquelle l’Espagnol Francisco de Orellana descendit le Maranon, puis la totalité du géant liquide, jusqu’à l’océan Atlantique. C’était en 1535, peu après la conquête du Pérou par
Pizarre. Orellana crut apercevoir, sur une rive, des femmes qui
tiraient à l’arc. Il se souvint de la légende grecque des
Amazones guerrières (au sein droit coupé), et baptisa le fleuve.
Nous passons le point triple où l’Amazone tient lieu de
frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil. Trois villes
ont surgi de la jungle dans ce périmètre : Leticia, Tabatinga et
Benjamin Constant. Je n’ai jamais vu nulle part pareille
densité de trafiquants. Les uns s’occupent de cocaïne : un
Colombien, tout ce qu’il y a de plus riche et de plus répugnant,
nous propose d’en passer quelques kilogrammes à bord de la
Calypso. Nous sommes insoupçonnables, dit-il, et, en y regardant bien, quelques efforts dans ce sens nous permettraient de
financer des années d’expéditions! D’autres contrebandiers
s’occupent du commerce illicite de l’or ou des émeraudes,
d’autres de celui des fourrures, d’autres de celui des peaux de
crocodile, d’autres de celui des animaux vivants. Jean-Michel
Cousteau assiste, à Leticia, à une saisie de peaux d’ocelot et de
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dans une zone où sévit le paludisme, maladie qui leur était
épargnée lorsqu’ils habitaient les profondeurs de la forêt. »
Les Indiens d’Amazonie étaient probablement deux millions lorsque les conquistadores espagnols et portugais ont
commencé de les exterminer — par le fer ou par le feu, en les
réduisant en esclavage ou en leur transmettant leurs maladies
(parfois volontairement : on offrait en cadeau aux « Sauvages » des couvertures de varioleux). A l’heure actuelle, on
n’en compte plus que deux cent mille... Beaucoup de ces
misérables, privés de leurs terrains de chasse, sont allés grossir
les rangs des mendiants des bidonvilles d’Iquitos, de Manaus
ou de Belém... Nous en aurons bien des preuves, par exemple
en rendant visite aux Txukahamei du Xingu, qui ne dansent
que pour les touristes et qui, une fois ceux-ci partis, remettent
leurs shorts et leurs Adidas et vont se soûler à la bière !
Au fil de l’eau, je songe à cette expédition formidable durant
laquelle l’Espagnol Francisco de Orellana descendit le Maranon, puis la totalité du géant liquide, jusqu’à l’océan Atlantique. C’était en 1535, peu après la conquête du Pérou par
Pizarre. Orellana crut apercevoir, sur une rive, des femmes qui
tiraient à l’arc. Il se souvint de la légende grecque des
Amazones guerrières (au sein droit coupé), et baptisa le fleuve.
Nous passons le point triple où l’Amazone tient lieu de
frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil. Trois villes
ont surgi de la jungle dans ce périmètre : Leticia, Tabatinga et
Benjamin Constant. Je n’ai jamais vu nulle part pareille
densité de trafiquants. Les uns s’occupent de cocaïne : un
Colombien, tout ce qu’il y a de plus riche et de plus répugnant,
nous propose d’en passer quelques kilogrammes à bord de la
Calypso. Nous sommes insoupçonnables, dit-il, et, en y regardant bien, quelques efforts dans ce sens nous permettraient de
financer des années d’expéditions! D’autres contrebandiers
s’occupent du commerce illicite de l’or ou des émeraudes,
d’autres de celui des fourrures, d’autres de celui des peaux de
crocodile, d’autres de celui des animaux vivants. Jean-Michel
Cousteau assiste, à Leticia, à une saisie de peaux d’ocelot et de
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