LA FORÊT DU DAUPHIN ROSE
juillet-août-septembre, l’Amazone envahit la forêt. Des centaines de millions d’arbres, sur des millions de kilomètres
carrés, se retrouvent le pied dans l’eau. Nous grimpons dans
des Zodiac, et nous nous enfonçons dans la forêt inondée. Une
expérience étrange et merveilleuse...
Il fait sombre sous les frondaisons. Nous immergeons des
hydrophones et nous coupons les moteurs de nos Zodiac. Nous
entendons, dans les écouteurs, le bruit des fruits qui tombent
dans l’eau . « Floc ! Floc !» ; et le craquement des mêmes
fruits que les poissons croquent : « Crac ! Crac ! » La forêt
nourrit les animaux aquatiques, notamment plusieurs espèces
de piranhas végétariens. Les piranhas carnivores, c’est autre
chose. J’ai l’occasion d’en rencontrer en plongeant en scaphandre. Ce sont de beaux poissons aplatis latéralement, avec des
flancs d’argent vert lavés de rouge. Ils ont dans la bouche les
dents les plus tranchantes qui se puissent imaginer. Mais je ne
suis pas transformé en squelette dans la minute ! En réalité, à
la saison des pluies, les piranhas ne sont pas dangereux : ils
ont à manger plus qu’il ne leur faut. Le problème, pour eux, se
pose au moment de la décrue : ils se retrouvent par milliers,
prisonniers de mares qui rétrécissent chaque jour davantage,
coupées du lit principal des rivières. C’est alors que, affamés,
ils ressemblent à ce que leur réputation prétend qu’ils sont...
La forêt inondée est une sublime source de mystère. Nous
avançons en Zodiac dans le fouillis des troncs : difficile de ne
pas se perdre dans ce labyrinthe!... Nos équipes restent en
permanence reliées à la Calypso par walkie-talkie. En plongée,
nous nous faufilons parmi les branches : sommes-nous oiseaux
ou poissons ?
Un matin à l’aube, tandis que je m’immerge en compagnie
de Cousteau, j’entends des séries de clics rapides. Pas de
doute : ce sont des dauphins. Nous avons eu l’occasion de les
voir souffler en surface Notre ami le professeur René-Guy
Busnel, qui nous accompagne, a enregistré leurs manifestations vocales. L’Amazone en héberge deux espèces : le dauphin gris, ou tucuxi’ , et le dauphin rose, ou boto (ou boutou). Le
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juillet-août-septembre, l’Amazone envahit la forêt. Des centaines de millions d’arbres, sur des millions de kilomètres
carrés, se retrouvent le pied dans l’eau. Nous grimpons dans
des Zodiac, et nous nous enfonçons dans la forêt inondée. Une
expérience étrange et merveilleuse...
Il fait sombre sous les frondaisons. Nous immergeons des
hydrophones et nous coupons les moteurs de nos Zodiac. Nous
entendons, dans les écouteurs, le bruit des fruits qui tombent
dans l’eau . « Floc ! Floc !» ; et le craquement des mêmes
fruits que les poissons croquent : « Crac ! Crac ! » La forêt
nourrit les animaux aquatiques, notamment plusieurs espèces
de piranhas végétariens. Les piranhas carnivores, c’est autre
chose. J’ai l’occasion d’en rencontrer en plongeant en scaphandre. Ce sont de beaux poissons aplatis latéralement, avec des
flancs d’argent vert lavés de rouge. Ils ont dans la bouche les
dents les plus tranchantes qui se puissent imaginer. Mais je ne
suis pas transformé en squelette dans la minute ! En réalité, à
la saison des pluies, les piranhas ne sont pas dangereux : ils
ont à manger plus qu’il ne leur faut. Le problème, pour eux, se
pose au moment de la décrue : ils se retrouvent par milliers,
prisonniers de mares qui rétrécissent chaque jour davantage,
coupées du lit principal des rivières. C’est alors que, affamés,
ils ressemblent à ce que leur réputation prétend qu’ils sont...
La forêt inondée est une sublime source de mystère. Nous
avançons en Zodiac dans le fouillis des troncs : difficile de ne
pas se perdre dans ce labyrinthe!... Nos équipes restent en
permanence reliées à la Calypso par walkie-talkie. En plongée,
nous nous faufilons parmi les branches : sommes-nous oiseaux
ou poissons ?
Un matin à l’aube, tandis que je m’immerge en compagnie
de Cousteau, j’entends des séries de clics rapides. Pas de
doute : ce sont des dauphins. Nous avons eu l’occasion de les
voir souffler en surface Notre ami le professeur René-Guy
Busnel, qui nous accompagne, a enregistré leurs manifestations vocales. L’Amazone en héberge deux espèces : le dauphin gris, ou tucuxi’ , et le dauphin rose, ou boto (ou boutou). Le
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