CAPITAINE DE LA CALYPSO
gris est petit et très semblable aux dauphins marins que je
connais. Le rose est un personnage !
Nous cherchons les cétacés entre les troncs immergés, dans
l’eau glauque. Nous ne les voyons pas, mais eux nous ont
trouvés. Quand nous nous retournons, ils sont là... Un couple.
Ils nous regardent, ou plutôt ils nous « échosondent ». Ils ont
de petits yeux : ils sont presque aveugles ; le sens de la vision
ne leur est pas d’un grand secours dans l’eau perpétuellement
trouble du fleuve. Ils possèdent une bosse sur le front (leur
melon), grâce à laquelle ils amplifient les ondes qu’ils émettent
pour se guider. Ils sont puissants : près de trois mètres de
longueur. Ils ont la peau d’un bizarre rose chair, avec des
taches grises sur les ailerons et le dos. Leur colonne vertébrale,
d’une souplesse incroyable, leur permet de se faufiler entre les
racines à la recherche des poissons dont ils se nourrissent.
Mais chez eux, le plus étrange est leur museau. Ils sont
affublés d’un rostre interminable, long et étroit — un vrai nez
à la Cyrano, un cap, une péninsule... Leurs mâchoires sont
garnies de courtes dents pointues...
Les deux dauphins roses nous contemplent d’un air surpris :
nous ne ressemblons à rien de ce qu’ils connaissent. Puis ils
soufflent l’un après l’autre en surface, et s’évanouissent dans
l’eau sombre. J’ai l’impression d’avoir rêvé...
Nous aurons l’occasion d’étudier cette étonnante espèce de
plus près, lorsque nous en capturerons trois exemplaires dans
une crique du fleuve fermée par un filet. Ces animaux en tous
points remarquables — superbement adaptés aux conditions
de vie de l’Amazone — ont des côtés primitifs et d’autres
« modernes ». Ils sont malins, mais moins joueurs que les
dauphins communs ou les dauphins nez-en-bouteille. En
réalité, ils ne s’intéressent guère à l’homme. Ils ne le craignent
pas, mais ne le cherchent pas davantage.
Pourtant, dans toute l’Amazonie, le dauphin rose possède
une réputation sulfureuse. On dit qu’il entretient des relations
coupables avec notre espèce... Un vieux pêcheur du fleuve
nous raconte ce que chacun croit ici : il arrive (tout le monde
356
gris est petit et très semblable aux dauphins marins que je
connais. Le rose est un personnage !
Nous cherchons les cétacés entre les troncs immergés, dans
l’eau glauque. Nous ne les voyons pas, mais eux nous ont
trouvés. Quand nous nous retournons, ils sont là... Un couple.
Ils nous regardent, ou plutôt ils nous « échosondent ». Ils ont
de petits yeux : ils sont presque aveugles ; le sens de la vision
ne leur est pas d’un grand secours dans l’eau perpétuellement
trouble du fleuve. Ils possèdent une bosse sur le front (leur
melon), grâce à laquelle ils amplifient les ondes qu’ils émettent
pour se guider. Ils sont puissants : près de trois mètres de
longueur. Ils ont la peau d’un bizarre rose chair, avec des
taches grises sur les ailerons et le dos. Leur colonne vertébrale,
d’une souplesse incroyable, leur permet de se faufiler entre les
racines à la recherche des poissons dont ils se nourrissent.
Mais chez eux, le plus étrange est leur museau. Ils sont
affublés d’un rostre interminable, long et étroit — un vrai nez
à la Cyrano, un cap, une péninsule... Leurs mâchoires sont
garnies de courtes dents pointues...
Les deux dauphins roses nous contemplent d’un air surpris :
nous ne ressemblons à rien de ce qu’ils connaissent. Puis ils
soufflent l’un après l’autre en surface, et s’évanouissent dans
l’eau sombre. J’ai l’impression d’avoir rêvé...
Nous aurons l’occasion d’étudier cette étonnante espèce de
plus près, lorsque nous en capturerons trois exemplaires dans
une crique du fleuve fermée par un filet. Ces animaux en tous
points remarquables — superbement adaptés aux conditions
de vie de l’Amazone — ont des côtés primitifs et d’autres
« modernes ». Ils sont malins, mais moins joueurs que les
dauphins communs ou les dauphins nez-en-bouteille. En
réalité, ils ne s’intéressent guère à l’homme. Ils ne le craignent
pas, mais ne le cherchent pas davantage.
Pourtant, dans toute l’Amazonie, le dauphin rose possède
une réputation sulfureuse. On dit qu’il entretient des relations
coupables avec notre espèce... Un vieux pêcheur du fleuve
nous raconte ce que chacun croit ici : il arrive (tout le monde
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