CAPITAINE DE LA CALYPSO
insectes. Il y a là, depuis le sol jusqu’aux hautes branches, des
centaines de milliers, peut-être des millions d’espèces d’insectes : énormes blattes, scarabées goliaths de dix centimètres
de longueur, phyllies pareilles à des feuilles, phasmes qui
imitent les brindilles, fourmis couturières, fourmis légionnaires, guêpes solitaires, abeilles coloniales, etc. Sans oublier
les papillons, les merveilleux papillons, comme les morphos
bleus aux ailes de saphir... »
Jacques Constans nous fait rêver. Nous ne tardons pas à
constater de nos propres yeux que son enthousiasme n’a rien
d’exagéré. Chaque fois que je le peux, je me joins à une mission
en Zodiac sur un affluent de l’Amazone. Nous nous enfonçons
dans la forêt — verte, mouillée, fertile, superbe. Les aras qui
crient dans les arbres, les singes qui s’esclaffent, les grands
papillons qui palpitent au-dessus de l’eau : tout me remplit de
bonheur. J’ai l’impression de revivre l’un de ces temps anciens
où le monde était neuf, innocent, n’ayant rien à craindre de la
folie dévastatrice des hommes.
Nous remontons le fleuve. Parfois, une averse tropicale lance
des trombes d’eau obliques sur l’eau d’en bas. C’est la saison
des pluies. L’Amazone est en crue. Près du fleuve, les hommes
ont pris leurs dispositions : parfois cernés par la montée du
niveau liquide, ils attendent patiemment la décrue dans leurs
maisons, qu’une prudence séculaire leur demande de
construire sur des éminences. Ils mettent à l’abri leur bétail
dans des enclos, sur des collines; parfois, l’eau monte plus
encore que d’ordinaire, et ils doivent aller secourir leurs vaches
en barque. Nous rendons visite à l’un de ces caboclos (colons),
métis de Blancs, d’anciens esclaves noirs et d’indiens. Il
possède un troupeau dont il est fier, et une tripotée d’enfants
(j’en compte quatorze). Le Pacha lui demande combien il a de
vaches : il cite le chiffre sans hésiter. Lorsque Cousteau
l’interroge sur le nombre de ses fils et filles, il paraît beaucoup
moins sûr de lui !
Le niveau de l’eau, entre la saison des pluies et la saison
sèche, peut varier de quinze mètres. A l’époque de la crue, en
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