LA FORÊT DU DAUPHIN ROSE
l’Amazone et de ses affluents avec la Calypso et ses Zodiac, avec
un hovercraft, avec un grand radeau pneumatique baptisé
Pirarucu, enfin avec un bateau amazonien à fond plat, l’Anaconda. Bien entendu, fidèles à notre vocation, nous plongerons
dans le fleuve et ses tributaires, parmi les piranhas et les
caïmans.
Nous sommes à présent tout près de l’immense estuaire,
large de trois cent cinquante kilomètres. Les bras du fleuve
enserrent des milliers d’îles, dont celle de Marajo, qui est plus
vaste que la Belgique. Tandis que Jacques Constans et
Richard Murphy procèdent à leurs récoltes scientifiques, aidés
par les marins du bord, je grimpe dans l’hélicoptère Félix, que
pilote notre ami Robert (Bob) Braunbeck. Nous nous élevons
au-dessus de la Calypso. Vers le large, il me semble que la mer
ondule. Les trains de vagues se suivent. Leur amplitude
augmente près du rivage.
Il s’agit d’une série d’ondes parallèles de marée montante —
d’une marée de vive-eau —, qui se lance à l’assaut du fleuve.
Flux contre flux ; bataille de titans... Voici ce qu’on appelle un
mascaret. J’alerte le bord. L’hydravion Papagallo, piloté par
Guy Gervais, nous rejoint depuis le proche aéroport de
Belém : il embarque le Pacha et le cinéaste Colin Mounier.
Nous survolons les crêtes de la marée, qui avancent à plus de
vingt-cinq kilomètres à l’heure. Le mascaret s’engage dans les
chenaux de l’estuaire. Il prend de la hauteur au fur et à mesure
que les rives se resserrent. Les vagues gonflent jusqu’à mesurer
cinq mètres de hauteur. Elles déferlent avec une force prodigieuse. Elles rognent la terre des berges. Elles dévastent les
premiers rangs de la forêt. Je les vois abattre des arbres de
cinquante mètres comme si c’étaient des allumettes.
Le mascaret de l’Amazone, le plus puissant qu’on connaisse,
est appelé pororoca — c’est-à-dire le « Grand Mugissement »
par les Indiens. Le bruit qu’il engendre est infernal. Rien ne
résiste à sa force.
L’Amazone entier est un fleuve de la démesure. Nous le
voyons, nous le comprenons, nous le percevons par nos cinq
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