CAPITAINE DE LA CALYPSO
ration du géant des géants. Du colosse. De l’incomparable
Amazone.
Pour les besoins de ce voyage, dont la durée prévue est de
deux ans — 1982, 1983 —, la Calypso subit un long carénage.
Partis de Norfolk, nous cinglons vers le sud. La Floride et ses
« Clés » (Keys). Les Grandes et les Petites Antilles. Un salut à
la Martinique et aux nombreux amis que nous comptons dans
cette île. Nous passons les Guyanes et nous naviguons vers
l’embouchure du fleuve des fleuves. Nous en sommes loin,
encore, quand je constate que l’eau change de couleur. Celle
de l’océan est bleue. Celle que fend l’étrave de notre navire est
grise. Puis gris-brun, puis de plus en plus brune au fur et à
mesure que nous avançons.
L’Amazone est tellement puissant qu’il expédie dans l’océan
un panache — une « plume » — d’eau douce et de sédiments
de plus de trois cents kilomètres de longueur. En 1500, le
Portugais Pinzon dériva jusque dans ces parages après une
tempête qui l’avait détourné de sa route (il allait aux Indes par
le cap de Bonne-Espérance!). Il aperçut cette eau gris-brun
bien avant la terre même. C’est ainsi que le Brésil fut
découvert — depuis le large, grâce au flux du plus colossal de
ses cours d’eau.
Notre mission est, comme d’habitude, moitié scientifique et
moitié cinématographique. Notre programme de recherches
consiste en une étude complète (grâce à des centaines de
prélèvements d’eau, de plancton et de sédiments) de la
richesse minérale et biologique du fleuve, depuis son embouchure jusqu’à sa source — puis en redescendant vers la mer.
Nous nous sommes (entre autres) munis d’un appareil ultramoderne, qui dose en continu le taux de chlorophylle dans
l’eau. Pour le cinéma, nous utiliserons les recettes habituelles.
Nous pouvons compter sur une logistique de premier ordre.
Nous ferons des images aériennes grâce à nos deux engins
volants : notre hélicoptère Félix et notre hydravion Papagallo
(« Perroquet »). Nous réaliserons des prises de vues au sol
grâce à notre camion « Jacaré ». Nous sillonnerons le lit de
350
ration du géant des géants. Du colosse. De l’incomparable
Amazone.
Pour les besoins de ce voyage, dont la durée prévue est de
deux ans — 1982, 1983 —, la Calypso subit un long carénage.
Partis de Norfolk, nous cinglons vers le sud. La Floride et ses
« Clés » (Keys). Les Grandes et les Petites Antilles. Un salut à
la Martinique et aux nombreux amis que nous comptons dans
cette île. Nous passons les Guyanes et nous naviguons vers
l’embouchure du fleuve des fleuves. Nous en sommes loin,
encore, quand je constate que l’eau change de couleur. Celle
de l’océan est bleue. Celle que fend l’étrave de notre navire est
grise. Puis gris-brun, puis de plus en plus brune au fur et à
mesure que nous avançons.
L’Amazone est tellement puissant qu’il expédie dans l’océan
un panache — une « plume » — d’eau douce et de sédiments
de plus de trois cents kilomètres de longueur. En 1500, le
Portugais Pinzon dériva jusque dans ces parages après une
tempête qui l’avait détourné de sa route (il allait aux Indes par
le cap de Bonne-Espérance!). Il aperçut cette eau gris-brun
bien avant la terre même. C’est ainsi que le Brésil fut
découvert — depuis le large, grâce au flux du plus colossal de
ses cours d’eau.
Notre mission est, comme d’habitude, moitié scientifique et
moitié cinématographique. Notre programme de recherches
consiste en une étude complète (grâce à des centaines de
prélèvements d’eau, de plancton et de sédiments) de la
richesse minérale et biologique du fleuve, depuis son embouchure jusqu’à sa source — puis en redescendant vers la mer.
Nous nous sommes (entre autres) munis d’un appareil ultramoderne, qui dose en continu le taux de chlorophylle dans
l’eau. Pour le cinéma, nous utiliserons les recettes habituelles.
Nous pouvons compter sur une logistique de premier ordre.
Nous ferons des images aériennes grâce à nos deux engins
volants : notre hélicoptère Félix et notre hydravion Papagallo
(« Perroquet »). Nous réaliserons des prises de vues au sol
grâce à notre camion « Jacaré ». Nous sillonnerons le lit de
350
