CAPITAINE DE LA CALYPSO
Erié. Une équipe, dont je fais partie, rejoint en jeep les
cataractes célèbres. Nous remontons en Zodiac les remous
monstrueux, jusqu’au pied du mur d’eau blanche. Tonnerre
ininterrompu de ces milliards de litres qui sautent d’une
hauteur de cinquante-neuf mètres, en dessinant un croissant
de cinq cents mètres de largeur au milieu duquel passe la
frontière entre les Etats-Unis et le Canada...
Sur le lac Erié (côté Canada), nous explorons la réserve
naturelle de la pointe Pelée, où nous assistons à la migration de
millions de papillons monarques : des arbres entiers en sont
couverts. Les insectes grouillent, palpitent, décollent comme
une fumée épaisse en battant de leurs jolies ailes marquetées
d’orange et de noir. Ils entament un voyage de trois mille
kilomètres, qui leur permettra de passer l’hiver au soleil du
Mexique. Entomologiste passionné, Jacques Constans ne sait
plus où donner de la tête.
Nous saluons Detroit. Une foule monstrueuse nous attend
sur les quais. Tout ce qui navigue est à l’eau. Des dizaines de
milliers de fans de Cousteau et de son bateau nous crient leur
enthousiasme. J’avoue que je suis ahuri. Personne ne peut
déplorer pareille popularité. Mais n’y a-t-il pas quelque chose
d’inquiétant dans ce culte ? Moi qui connais le Pacha depuis
longtemps, je crois qu’il est satisfait qu’on l’écoute, parce que
cela lui permet de proclamer bien haut quelques évidences, et
de dire leurs quatre vérités écologiques aux hommes qui nous
gouvernement. Mais, d’un autre côté, Cousteau a conscience
qu’il n’y a pas loin du succès médiatique au culte de la
personnalité. Et que, si intelligent et modeste qu’il soit, l’objet
d’une telle religion finit par perdre le jugement...
Nous entrons dans le lac Saint-Clair. Nous prenons pour
pilote un jeune homme de soixante-treize ans, rempli d’humour, qui a passé sa vie sur les Grands Lacs et n’avoue que
deux passions : les femmes et les bateaux. Morgan L. Howell
nous introduit sur le lac Huron où, dit-il, il a connu l’une de
ses plus belles histoires d’amour. La Calypso roule et tangue.
Nous passons l’écluse de Sault-Sainte-Marie, où notre pilote
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