LES GLACES DU SAINT-LAURENT
soucoupe en compagnie du cinéaste Colin Mounier. Nous
descendons à soixante-dix mètres. La visibilité diminue au fur
et à mesure que nous approchons du fond, jusqu’à ne plus
atteindre que cinquante centimètres. Au sondeur, je détecte
d’épais nuages de poissons : les animaux, affolés, s’enfoncent
dans la vase et provoquent ce brouillard.
Je remonte ; mais je suis têtu. Je demande au docteur Nelson
de venir avec moi. Nouvelle tentative. La soucoupe touche une
masse métallique. Je me retourne. Je suis en face... d’un canon
dont la gueule noire et ronde vise mon hublot !
L’épave du Hamilton est là ! Idéalement conservée. Intacte,
après cent soixante-huit ans... Je longe le pont : il me semble
que les canons pourraient rouler sur leurs chariots. Je trouve
une grosse pièce de bois terminée par une gueule de lion
sculptée : voilà la potence qui servait à soulever l’ancre à jas.
Je distingue plusieurs capes-de-moutons (qui fixaient les
haubans) — mais les cordages ont disparu. Je continue vers
l’étrave, où un solide beaupré pointe vers les ténèbres. La
soucoupe plongeante, tel un funambule, longe ce mât oblique.
J’ai des problèmes de batteries, mais pour rien au monde je
n’arrêterais cette reconnaissance. Je redescends en suivant
l’emplanture du beaupré. Et c’est le choc : sous les projecteurs
un peu faiblards du submersible, j’admire dans mon hublot
une Diane chasseresse admirable — couronnée de feuillages,
parfaite, sublime... Un buste de bois doré que l’eau douce et
froide du lac Ontario a conservé précieusement. Une apparition. La Dame du lac. La plus belle image qu’il m’ait été
donné de contempler sous la surface...
« Merci, murmuré-je au docteur Nelson : voilà trente-cinq
ans que j’attendais cet instant! » Mais le docteur Nelson,
fasciné, ne m’entend pas. J’ai l’impression qu’il voudrait sortir
de la soucoupe pour aller serrer la Diane dans ses bras !
Nous remontons. J’ai hâte de faire partager mon émerveillement à celui qui l’a permis : le Pacha.
La Calypso franchit les sept écluses du canal Welland, qui
contourne les chutes du Niagara. Elle débouche dans le lac
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