CAPITAINE DE LA CALYPSO
boivent le lait de leurs bêtes et mangent un fromage qu’ils
confectionnent en faisant cailler le lait avec l’urine de ruminant. Ils consomment un peu de viande. Ils soignent leurs
blessures à l’aide d’urine de vache, dans laquelle ils lavent
leurs enfants en jurant qu’elle préserve des maladies. La bouse
leur sert d’onguent contre les insectes et de teinture de
cheveux...
Les Dinkas (chez lesquels, on s’en doute, tous les achats se
paient en vaches, notamment celui des femmes qu’on épouse)
pratiquent l’excision des filles, parfois même l’infibulation de
ces malheureuses. Ces coutumes barbares s’intégrent dans un
univers de croyances qui forment le ciment de la société. Mais
que de souffrances...
En 1978, les Dinkas vivent comme leurs ancêtres l’ont
toujours fait. Ils accomplissent de longues transhumances
derrière leurs troupeaux, en fonction de la hauteur des eaux
que le fleuve répand dans les marécages. Ils mènent une
existence difficile, mais ils sont heureux. Dix ans plus tard, la
majorité d’entre eux auront été tués ou chassés par la guerre
civile qui ravage le sud du Soudan. Affamés, maigres à faire
peur, malades, les survivants gagneront les camps de réfugiés
de Juba, où l’assistance alimentaire internationale leur sera
refusée.
Au lac Nô (l’ami des cruciverbistes!), le Bahr el-Gazal, le
« Fleuve de la Gazelle », rejoint le Bahr el-Djebel. Ici, le Nil
devient le Bahr el-Abiad, le « Fleuve Blanc ». Voici Malakal,
puis Kodok et Fachoda où, en juillet 1898, eut lieu l’entrevue
fameuse entre le capitaine français Marchand et le capitaine
britannique Kitchener. Chez les Shillouks, le roi était exécuté
dès qu’il tombait malade : on considérait que, affaibli, il
n’était plus assez efficace pour intercéder auprès des Esprits ou
pour défendre son peuple. Rêvons d’un système analogue
appliqué à nos hommes politiques !
Voici Kosti; et Khartoum, la capitale soudanaise, dont le
nom signifie « Trompe d’éléphant ». C’est là que le Nil Blanc
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