UN ULTIMATUM SOUS LA MER
dynamite ou à la lampe; et surtout les grands travaux de
rectification des côtes. Chaque fois qu’on creuse un nouveau
port de commerce ou de plaisance, chaque fois qu’on bâtit un
immeuble “ pieds dans l’eau ”, chaque fois qu’on agrandit un
aéroport côtier, on bouleverse la portion la plus riche du grand
corps marin : l’herbier littoral. Cette prairie, située entre zéro
et cinquante mètres de profondeur, est formée de posidonies,
qui sont des plantes à fleurs et non des algues. Ces végétaux
constituent à la fois le garde-manger, le poumon et la
pouponnière de la mer. Les posidonies sont broutées par les
herbivores, qui servent d’aliments aux carnivores. Elles produisent de l’oxygène. Et elles offrent des refuges dans lesquels
la plupart des espèces viennent pondre. Détruire cette prairie,
c’est tuer la Méditerranée. Voilà à quoi l’homme s’emploie en
dressant un mur de béton sur le rivage ! »
Bien raisonné, Pacha ! Reste à faire passer le message : c’est
une autre histoire... Il n’est déjà pas facile de mettre en cause
une usine ou une ville qui polluent. Le saccage est bien plus
difficile à dénoncer — plus insidieux, plus anonyme, plus
quotidien. Chacun de nous y contribue — ne serait-ce qu’en
allant prendre ses vacances sur la Côte au mois d’août...
Durant cette mission « Medpoll », nous avons l’occasion
d’observer des dauphins, des globicéphales, des cachalots, etc.
Nous nous préoccupons surtout du sort des phoques-moines :
ces pinnipèdes, que les Anciens révéraient, sont au bord de
l’extinction. Il en subsiste moins de cinq cents — en Mauritanie, près des îles du Maghreb et autour des îles grecques et
turques. Mais aucun aux îles d’Hyères et en Corse... Massacrés par les pêcheurs, qui les accusaient de voler « leurs »
poissons (éternelle hypocrisie de l’homme!), les phoquesmoines sont aujourd’hui dérangés dans leurs ultimes refuges
par les touristes et leur obsession du « petit coin tranquille ».
Si nous ne leur réservons pas quelques territoires exclusifs, il
faudra parler d’eux au passé avant le xxie siècle.
La tortue caret, ou carette, est presque aussi menacée. Elle
se reproduit dans quelques îles de Méditerranée, notamment
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dynamite ou à la lampe; et surtout les grands travaux de
rectification des côtes. Chaque fois qu’on creuse un nouveau
port de commerce ou de plaisance, chaque fois qu’on bâtit un
immeuble “ pieds dans l’eau ”, chaque fois qu’on agrandit un
aéroport côtier, on bouleverse la portion la plus riche du grand
corps marin : l’herbier littoral. Cette prairie, située entre zéro
et cinquante mètres de profondeur, est formée de posidonies,
qui sont des plantes à fleurs et non des algues. Ces végétaux
constituent à la fois le garde-manger, le poumon et la
pouponnière de la mer. Les posidonies sont broutées par les
herbivores, qui servent d’aliments aux carnivores. Elles produisent de l’oxygène. Et elles offrent des refuges dans lesquels
la plupart des espèces viennent pondre. Détruire cette prairie,
c’est tuer la Méditerranée. Voilà à quoi l’homme s’emploie en
dressant un mur de béton sur le rivage ! »
Bien raisonné, Pacha ! Reste à faire passer le message : c’est
une autre histoire... Il n’est déjà pas facile de mettre en cause
une usine ou une ville qui polluent. Le saccage est bien plus
difficile à dénoncer — plus insidieux, plus anonyme, plus
quotidien. Chacun de nous y contribue — ne serait-ce qu’en
allant prendre ses vacances sur la Côte au mois d’août...
Durant cette mission « Medpoll », nous avons l’occasion
d’observer des dauphins, des globicéphales, des cachalots, etc.
Nous nous préoccupons surtout du sort des phoques-moines :
ces pinnipèdes, que les Anciens révéraient, sont au bord de
l’extinction. Il en subsiste moins de cinq cents — en Mauritanie, près des îles du Maghreb et autour des îles grecques et
turques. Mais aucun aux îles d’Hyères et en Corse... Massacrés par les pêcheurs, qui les accusaient de voler « leurs »
poissons (éternelle hypocrisie de l’homme!), les phoquesmoines sont aujourd’hui dérangés dans leurs ultimes refuges
par les touristes et leur obsession du « petit coin tranquille ».
Si nous ne leur réservons pas quelques territoires exclusifs, il
faudra parler d’eux au passé avant le xxie siècle.
La tortue caret, ou carette, est presque aussi menacée. Elle
se reproduit dans quelques îles de Méditerranée, notamment
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