UN ULTIMATUM SOUS LA MER
n’aurais jamais imaginé que je reverrais ce hublot... Est-ce que
vous ne pourriez pas nous faire entrer? Je suis désolée, mais, en
1916, j’ai quitté l’endroit un peu vite. J’ai oublié sous mon lit
un carnet de chansons que j’avais composées, auquel je tenais
beaucoup, ainsi qu’un paquet d’oranges. J’ai peur que les
fruits ne soient plus très frais ; mais les chansons ne seraient
pas démodées ! »
Admirable Mrs Mitchell! Je me demande quel effet cela
peut produire de revoir, par plus de cent mètres de fond, le
bateau sur lequel on a fait naufrage soixante années auparavant...
De son côté, le Pacha est déchaîné. Il descend en scaphandre à l’avant du Britannic, à cent vingt mètres : il bat son record
de profondeur. A soixante-six ans! (Les plongeurs amateurs
apprécieront !) Il tire au clair les causes de la catastrophe. Il
découvre une énorme brèche dans la coque, et des morceaux
de charbon épars sur le fond. La fissure ne ressemble pas à un
impact de torpille : on peut écarter l’hypothèse du crime de
guerre. Le paquebot a heurté une mine. Mais une mine
n’aurait pas provoqué seule des dégâts aussi considérables. La
houille éparpillée donne la clef du naufrage : l’explosion de la
mine s’est produite, par malchance, à la hauteur de la soute.
La poussière de charbon a sauté, comme cela arrive dans les
galeries souterraines : on appelle ces accidents des coups de
poussier.
L’énigme du Britannic résolue, nous rentrons à Marseille.
Vacances. Farniente à Sormiou et aux îles d’Hyères.
En cette année 1977, je suis préoccupé par le sort de la
Méditerranée, ce bassin à nul autre pareil, chargé d Histoire et
de légendes, de splendeurs et de drames, d’œuvres d art et de
preuves de la violence des hommes. Ma mer va mal. Elle
souffre des activités de notre espèce. Depuis mon enfance, je
1 ai vue tomber malade et dépérir. Là où elle regorgeait de
créatures, elle devient un désert.
Le 6 mai 1977, la Commission internationale pour 1 explora315
n’aurais jamais imaginé que je reverrais ce hublot... Est-ce que
vous ne pourriez pas nous faire entrer? Je suis désolée, mais, en
1916, j’ai quitté l’endroit un peu vite. J’ai oublié sous mon lit
un carnet de chansons que j’avais composées, auquel je tenais
beaucoup, ainsi qu’un paquet d’oranges. J’ai peur que les
fruits ne soient plus très frais ; mais les chansons ne seraient
pas démodées ! »
Admirable Mrs Mitchell! Je me demande quel effet cela
peut produire de revoir, par plus de cent mètres de fond, le
bateau sur lequel on a fait naufrage soixante années auparavant...
De son côté, le Pacha est déchaîné. Il descend en scaphandre à l’avant du Britannic, à cent vingt mètres : il bat son record
de profondeur. A soixante-six ans! (Les plongeurs amateurs
apprécieront !) Il tire au clair les causes de la catastrophe. Il
découvre une énorme brèche dans la coque, et des morceaux
de charbon épars sur le fond. La fissure ne ressemble pas à un
impact de torpille : on peut écarter l’hypothèse du crime de
guerre. Le paquebot a heurté une mine. Mais une mine
n’aurait pas provoqué seule des dégâts aussi considérables. La
houille éparpillée donne la clef du naufrage : l’explosion de la
mine s’est produite, par malchance, à la hauteur de la soute.
La poussière de charbon a sauté, comme cela arrive dans les
galeries souterraines : on appelle ces accidents des coups de
poussier.
L’énigme du Britannic résolue, nous rentrons à Marseille.
Vacances. Farniente à Sormiou et aux îles d’Hyères.
En cette année 1977, je suis préoccupé par le sort de la
Méditerranée, ce bassin à nul autre pareil, chargé d Histoire et
de légendes, de splendeurs et de drames, d’œuvres d art et de
preuves de la violence des hommes. Ma mer va mal. Elle
souffre des activités de notre espèce. Depuis mon enfance, je
1 ai vue tomber malade et dépérir. Là où elle regorgeait de
créatures, elle devient un désert.
Le 6 mai 1977, la Commission internationale pour 1 explora315
