CAPITAINE DE LA CALYPSO
sur le flanc droit. J’essaie d’aller jusqu’à l’étrave. Impossible :
je plonge à l’air comprimé. Je commence à me sentir bizarre.
Je ne suis plus dans mon état normal. Tout va trop bien. Je
connais ces symptômes : l’ivresse des profondeurs. Je dois
remonter d’urgence !
Je calme mon cerveau gagné par l’euphorie, et mon cœur
qui s’emballe. Je trouve le filin de la bouée que nous avons
mouillée sur le site. Je remonte vers la surface, main sur main,
selon la technique que nous avons mise au point voici un quart
de siècle sur la Calypso. Je vérifie que Raymond Coll est bien là,
lui aussi.
Durant les semaines suivantes, le Britannic constitue pour
nous un sujet d’étude fascinant. Nous plongeons sur cette
épave monumentale en utilisant des mélanges ternaires
(hélium, azote, oxygène), que nous concocte ce sorcier de
docteur Cabarrou (l’un des spécialistes mondiaux de la
médecine des hautes pressions). Nous explorons un navire que
les années passées dans la mer ont assez peu abîmé. Nous
visitons la chambre des machines et les locaux transformés en
salles d’hôpital, où les lits de fer s’entassent pêle-mêle. Nous
descendons en palmant le monumental escalier du grand salon
d’honneur (l’ai-je bien descendu?). Nous entrons dans les
toilettes des premières classes : superbes carrelages ! A la
passerelle, Ivan Giacoletto prend la barre, tandis que je fais
mine de manœuvrer les chadburns. Nous allons inspecter les
trois hélices gigantesques dont les armateurs du navire étaient
si fiers : elles tuèrent, le matin du naufrage...
Raymond Coll emmène Mrs Mitchell en soucoupe plongeante.
« Il lui a rarement été donné d’avoir passagère aussi
agréable, raconte-t-il : elle ne cesse de plaisanter. C’est la
première fois qu’elle prend place dans un sous-marin, bien
sûr; mais rien ne l’étonne. Elle le guide le long de la coque!
Elle reconnaît sa cabine.
«Ici!... Oui, c’est ici! s’exclame-t-elle... Mon Dieu, je
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sur le flanc droit. J’essaie d’aller jusqu’à l’étrave. Impossible :
je plonge à l’air comprimé. Je commence à me sentir bizarre.
Je ne suis plus dans mon état normal. Tout va trop bien. Je
connais ces symptômes : l’ivresse des profondeurs. Je dois
remonter d’urgence !
Je calme mon cerveau gagné par l’euphorie, et mon cœur
qui s’emballe. Je trouve le filin de la bouée que nous avons
mouillée sur le site. Je remonte vers la surface, main sur main,
selon la technique que nous avons mise au point voici un quart
de siècle sur la Calypso. Je vérifie que Raymond Coll est bien là,
lui aussi.
Durant les semaines suivantes, le Britannic constitue pour
nous un sujet d’étude fascinant. Nous plongeons sur cette
épave monumentale en utilisant des mélanges ternaires
(hélium, azote, oxygène), que nous concocte ce sorcier de
docteur Cabarrou (l’un des spécialistes mondiaux de la
médecine des hautes pressions). Nous explorons un navire que
les années passées dans la mer ont assez peu abîmé. Nous
visitons la chambre des machines et les locaux transformés en
salles d’hôpital, où les lits de fer s’entassent pêle-mêle. Nous
descendons en palmant le monumental escalier du grand salon
d’honneur (l’ai-je bien descendu?). Nous entrons dans les
toilettes des premières classes : superbes carrelages ! A la
passerelle, Ivan Giacoletto prend la barre, tandis que je fais
mine de manœuvrer les chadburns. Nous allons inspecter les
trois hélices gigantesques dont les armateurs du navire étaient
si fiers : elles tuèrent, le matin du naufrage...
Raymond Coll emmène Mrs Mitchell en soucoupe plongeante.
« Il lui a rarement été donné d’avoir passagère aussi
agréable, raconte-t-il : elle ne cesse de plaisanter. C’est la
première fois qu’elle prend place dans un sous-marin, bien
sûr; mais rien ne l’étonne. Elle le guide le long de la coque!
Elle reconnaît sa cabine.
«Ici!... Oui, c’est ici! s’exclame-t-elle... Mon Dieu, je
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