LE QUADRILLE DES LANGOUSTES
paradis animal peuplé d’ibis rouges, de hérons, d’aigrettes
blanches, d’alligators et de mocassins d’eau. La faune s’est
appauvrie. Par places, les pesticides, les métaux lourds ou les
substances radioactives atteignent des concentrations inquiétantes.
A la mi-décembre, nous retraversons le golfe du Mexique en
direction de la péninsule du Yucatan. Nous saluons l’île
Mujeres. Nous nous intéressons à sa voisine, l’île Contoy. Un
pêcheur-plongeur mexicain surnommé Valvula (à cause de
son scaphandre : j’ignore son vrai patronyme) nous a signalé
un phénomène étonnant. Chaque année, aux alentours de
Noël, après la première tempête d’hiver, les langoustes partent
en voyage...
Avec une petite équipe, j’établis un camp sur une plage de
l’île Contoy. Pour rien au monde, je ne voudrais manquer cette
migration que personne n’a étudiée ni filmée. Durant nos
premières plongées, nous apercevons de nombreuses langoustes, mais bien cachées dans leur trou. Il s’agit de
langoustes à épines : l’espèce, dotée d’un rostre acéré et de
longues antennes en fouets, possède une carapace bardée de
pointes, et joliment colorée de brun, de roux et de jaune.
La tempête s’abat sur nos têtes. La Calypso, contrainte de se
mettre à l’abri, nous abandonne dans notre campement
sommaire. Nous nous accrochons à nos tentes pendant une
nuit de cauchemar. Au matin, quand le vent tombe, nous
plongeons. Tout a changé, sous la surface... Les langoustes
sortent de leurs cachettes et se cherchent — elles qui,
normalement, sont solitaires. Quand elles se trouvent, elles se
palpent mutuellement avec leurs antennes. Et elles se mettent
en marche — d’abord en petits groupes de trois ou quatre, puis
en longues files de plusieurs dizaines de sujets. Elles avancent
à la queue leu leu, comme dans un dessin animé. Chacune
reste en contact avec la précédente. Elles me font penser à des
éléphants qui défilent en tenant par la trompe la queue de celui
qui va devant...
Jamais je n’ai vu des langoustes se comporter de façon aussi
299
paradis animal peuplé d’ibis rouges, de hérons, d’aigrettes
blanches, d’alligators et de mocassins d’eau. La faune s’est
appauvrie. Par places, les pesticides, les métaux lourds ou les
substances radioactives atteignent des concentrations inquiétantes.
A la mi-décembre, nous retraversons le golfe du Mexique en
direction de la péninsule du Yucatan. Nous saluons l’île
Mujeres. Nous nous intéressons à sa voisine, l’île Contoy. Un
pêcheur-plongeur mexicain surnommé Valvula (à cause de
son scaphandre : j’ignore son vrai patronyme) nous a signalé
un phénomène étonnant. Chaque année, aux alentours de
Noël, après la première tempête d’hiver, les langoustes partent
en voyage...
Avec une petite équipe, j’établis un camp sur une plage de
l’île Contoy. Pour rien au monde, je ne voudrais manquer cette
migration que personne n’a étudiée ni filmée. Durant nos
premières plongées, nous apercevons de nombreuses langoustes, mais bien cachées dans leur trou. Il s’agit de
langoustes à épines : l’espèce, dotée d’un rostre acéré et de
longues antennes en fouets, possède une carapace bardée de
pointes, et joliment colorée de brun, de roux et de jaune.
La tempête s’abat sur nos têtes. La Calypso, contrainte de se
mettre à l’abri, nous abandonne dans notre campement
sommaire. Nous nous accrochons à nos tentes pendant une
nuit de cauchemar. Au matin, quand le vent tombe, nous
plongeons. Tout a changé, sous la surface... Les langoustes
sortent de leurs cachettes et se cherchent — elles qui,
normalement, sont solitaires. Quand elles se trouvent, elles se
palpent mutuellement avec leurs antennes. Et elles se mettent
en marche — d’abord en petits groupes de trois ou quatre, puis
en longues files de plusieurs dizaines de sujets. Elles avancent
à la queue leu leu, comme dans un dessin animé. Chacune
reste en contact avec la précédente. Elles me font penser à des
éléphants qui défilent en tenant par la trompe la queue de celui
qui va devant...
Jamais je n’ai vu des langoustes se comporter de façon aussi
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