CAPITAINE DE LA CALYPSO
requin-nurse, dépasse trois mètres de longueur et possède les
amples nageoires caractéristiques de son espèce. De sa
mâchoire supérieure pendent deux barbillons bizarres. Il ne
bouge pas. Il n’a pas l’air effrayé par nos lampes, qui révèlent
le velours de sa peau grise à reflets rouges. Les requins
dorment donc... Ils ne sont pas contraints de nager pour
vivre...
Mais soudain, sans que rien l’ait laissé prévoir, le squale se
réveille et démarre. Une bombe ! Je ne distingue aucun détail
de l’action : il était là, allongé sur le sable, au fond de la grotte ;
et il n’y est plus... Le nuage de sédiment soulevé par son
décollage obscurcit l’eau alentour.
Le requin est passé entre Bernard Delemotte et moi. J’ai
senti qu’il me frôlait. Il a bousculé Raymond Coll, qui tenait la
lampe, avant de s’échapper par l’ouverture de la caverne. Il
aurait pu mordre. Mais nous sommes tous trois intacts...
La puissance de ces poissons est incroyable. Nous en avons
d’autres preuves, moins mouvementées cependant, en observant dans les journées qui suivent des requins-citrons (de taille
moyenne) et un énorme requin-taureau, auquel je préférerais
ne jamais avoir à me frotter.
Nous mettons le cap sur la Floride : à Key West, nous
embarquons une équipe de scientifiques américains, avec
lesquels nous allons étudier la productivité biologique du golfe
du Mexique et les apports du Mississippi. Au large de La
Nouvelle-Orléans, nous analysons l’eau et les alluvions du
fleuve. Nous tirons des bords dans ce qu’on appelle la
« plume » du Mississippi, c’est-à-dire le panache d’eau douce
et de sédiments qu’il envoie à des dizaines de milles en mer.
Hélas ! ce fleuve que les Indiens appelaient le Père des Eaux
est devenu un égout : il draine les pollutions des deux tiers des
Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans est la cité d’Amérique, et
l’une des villes du monde, où les taux de cancers sont les plus
élevés.
Nous remontons sur plus de cent kilomètres le delta du
fleuve. Cette contrée de marécages et de cyprès chauves fut un
298
requin-nurse, dépasse trois mètres de longueur et possède les
amples nageoires caractéristiques de son espèce. De sa
mâchoire supérieure pendent deux barbillons bizarres. Il ne
bouge pas. Il n’a pas l’air effrayé par nos lampes, qui révèlent
le velours de sa peau grise à reflets rouges. Les requins
dorment donc... Ils ne sont pas contraints de nager pour
vivre...
Mais soudain, sans que rien l’ait laissé prévoir, le squale se
réveille et démarre. Une bombe ! Je ne distingue aucun détail
de l’action : il était là, allongé sur le sable, au fond de la grotte ;
et il n’y est plus... Le nuage de sédiment soulevé par son
décollage obscurcit l’eau alentour.
Le requin est passé entre Bernard Delemotte et moi. J’ai
senti qu’il me frôlait. Il a bousculé Raymond Coll, qui tenait la
lampe, avant de s’échapper par l’ouverture de la caverne. Il
aurait pu mordre. Mais nous sommes tous trois intacts...
La puissance de ces poissons est incroyable. Nous en avons
d’autres preuves, moins mouvementées cependant, en observant dans les journées qui suivent des requins-citrons (de taille
moyenne) et un énorme requin-taureau, auquel je préférerais
ne jamais avoir à me frotter.
Nous mettons le cap sur la Floride : à Key West, nous
embarquons une équipe de scientifiques américains, avec
lesquels nous allons étudier la productivité biologique du golfe
du Mexique et les apports du Mississippi. Au large de La
Nouvelle-Orléans, nous analysons l’eau et les alluvions du
fleuve. Nous tirons des bords dans ce qu’on appelle la
« plume » du Mississippi, c’est-à-dire le panache d’eau douce
et de sédiments qu’il envoie à des dizaines de milles en mer.
Hélas ! ce fleuve que les Indiens appelaient le Père des Eaux
est devenu un égout : il draine les pollutions des deux tiers des
Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans est la cité d’Amérique, et
l’une des villes du monde, où les taux de cancers sont les plus
élevés.
Nous remontons sur plus de cent kilomètres le delta du
fleuve. Cette contrée de marécages et de cyprès chauves fut un
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