CAPITAINE DE LA CALYPSO
curieuse. Bernard Delemotte teste les réactions de ces gros
crustacés. Il agace celui qui termine le cortège. L’animal se
retourne et fait face. Dans les circonstances ordinaires de leur
existence, les langoustes ne songent qu’à fuir les prédateurs ;
elles n’ont cure de ce qui pourrait advenir à leurs congénères.
Mais quand elles migrent, elles se « sacrifient » pour le reste
de la troupe. Elles deviennent « altruistes »... Ces modifications d’attitude, m’expliquera un scientifique du Musée de
Monaco, sont dues à l’excitation du départ, et à un « effet de
groupe » qui se traduit par des sécrétions d’hormones particulières.
Les langoustes avancent, disciplinées... Elles laissent une
trace étrange sur le sable du fond. Elles empruntent la pente
descendante du plateau sous-marin. Elles se dirigent vers les
grands fonds. Quarante mètres, soixante, quatre-vingts...
Nous ne pouvons plus les suivre. Elles emportent avec elles,
dans les ténèbres de la mer Caraïbe, le secret de leur
migration, qui ne correspond pas à une nécessité de reproduction, et dont aucun spécialiste à ce jour n’a pu trouver la
raison.
Lorsque la Calypso vient nous reprendre, nous constatons
que les pêcheurs mexicains connaissent la date du voyage.
Pour eux, cette exceptionnelle concentration de crustacés est
une aubaine. Ils travaillent jour et nuit — à la main ou à la
foëne. Ils emplissent leurs barques de langoustes à épines
luisantes. Cette pêche miraculeuse, hélas ! ne sert pas à nourrir
leurs pauvres familles. Ils ne gardent que les « queues » des
animaux, qu’ils cèdent à des grossistes munis de bateaux
frigorifiques. Ces protéines de la mer sont destinées aux grands
hôtels pour touristes, aux paquebots de croisière et aux
marchés d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon.
La veille de Noël, nous faisons route au sud. Au large de l’île
de Cozumel, nous apercevons ce que nous croyons être une
nappe de pétrole. Encore la pollution? Mais non... Pour une
fois, il s’agit d’un phénomène naturel. Nous plongeons. Nous
nous trouvons en face d’un véritable mur de poissons. Un banc
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