CAPITAINE DE LA CALYPSO
eaux grises de ce labyrinthe oublié. Ils se nourrissent de fruits
de mer, surtout de grosses moules dont un tabou leur interdit
de rejeter les coquilles à l’océan. Les rives qu’ils hantent sont
semées de monticules de ces déchets.
Les vingt-sept derniers représentants de la tribu vivent,
hélas ! en quasi-clochards sur l’île Wellington, regroupés dans
une bourgade qu’une cruelle ironie a baptisée Puerto Eden. Ils
savent encore quelques légendes de leurs ancêtres et une ou
deux danses sacrées. Ils rêvent des temps anciens — quand ils
allaient nus et qu’ils étaient heureux.
En 1973, ils sont tous vieux ou malades. En 1990, à l’heure
où ce livre paraît, il n’y a plus de Qawashqars...
Nous laissons les canaux du Chili, leurs brumes, leurs pluies
et leurs forêts sous-marines de kelp hantées de galathées
rouges, de crabes géants et de poissons sébastes noirs. Nous
longeons la côte Pacifique de l’Amérique du Sud. Escales à
Puerto Montt et à Talcahuano (Chili), puis à Callao (Pérou).
Par le canal de Panama, nous gagnons la mer Caraïbe et le
golfe du Mexique : nous remisons la Calypso pour de longs
mois dans le port de Galveston, au Texas.
Je profite de cette interruption des missions Cousteau pour
mettre au point un engin de plongée dont j’ai conçu les plans.
J’achète à un ferrailleur de La Seyne-sur-Mer deux bouées qui
servaient à soutenir des filets anti-sous-marins. Je réunis ces
éléments par un cylindre métallique. Je pose un hublot dans la
sphère avant et je monte une tourelle sur la sphère arrière.
Deux hélices pour la propulsion, et voici mon submersible
personnel !... Je le baptise Régalée, du nom d’un poisson
bizarre, allongé, écarlate, que j’ai parfois aperçu dans mes
plongées, et que les pêcheurs nomment « roi des harengs ».
Le Régalée, quoique rustique, descend à quatre-vingts mètres
sans problème. J’envisage égoïstement de le garder pour mes
vieux jours — afin de visiter mes chers poissons quand je serai
trop vieux pour le scaphandre. Mais c’est aussi un formidable
engin d’exploration de la partie supérieure du plateau continental. Un submersible bon marché — qui pourrait convenir
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eaux grises de ce labyrinthe oublié. Ils se nourrissent de fruits
de mer, surtout de grosses moules dont un tabou leur interdit
de rejeter les coquilles à l’océan. Les rives qu’ils hantent sont
semées de monticules de ces déchets.
Les vingt-sept derniers représentants de la tribu vivent,
hélas ! en quasi-clochards sur l’île Wellington, regroupés dans
une bourgade qu’une cruelle ironie a baptisée Puerto Eden. Ils
savent encore quelques légendes de leurs ancêtres et une ou
deux danses sacrées. Ils rêvent des temps anciens — quand ils
allaient nus et qu’ils étaient heureux.
En 1973, ils sont tous vieux ou malades. En 1990, à l’heure
où ce livre paraît, il n’y a plus de Qawashqars...
Nous laissons les canaux du Chili, leurs brumes, leurs pluies
et leurs forêts sous-marines de kelp hantées de galathées
rouges, de crabes géants et de poissons sébastes noirs. Nous
longeons la côte Pacifique de l’Amérique du Sud. Escales à
Puerto Montt et à Talcahuano (Chili), puis à Callao (Pérou).
Par le canal de Panama, nous gagnons la mer Caraïbe et le
golfe du Mexique : nous remisons la Calypso pour de longs
mois dans le port de Galveston, au Texas.
Je profite de cette interruption des missions Cousteau pour
mettre au point un engin de plongée dont j’ai conçu les plans.
J’achète à un ferrailleur de La Seyne-sur-Mer deux bouées qui
servaient à soutenir des filets anti-sous-marins. Je réunis ces
éléments par un cylindre métallique. Je pose un hublot dans la
sphère avant et je monte une tourelle sur la sphère arrière.
Deux hélices pour la propulsion, et voici mon submersible
personnel !... Je le baptise Régalée, du nom d’un poisson
bizarre, allongé, écarlate, que j’ai parfois aperçu dans mes
plongées, et que les pêcheurs nomment « roi des harengs ».
Le Régalée, quoique rustique, descend à quatre-vingts mètres
sans problème. J’envisage égoïstement de le garder pour mes
vieux jours — afin de visiter mes chers poissons quand je serai
trop vieux pour le scaphandre. Mais c’est aussi un formidable
engin d’exploration de la partie supérieure du plateau continental. Un submersible bon marché — qui pourrait convenir
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