EN PLONGÉE SOUS UN ICEBERG
le cou illuminés d’orange vif. Dans le couple, la femelle pond
un seul œuf, que les deux parents font incuber sur leurs pieds
palmés, contre leur bas-ventre à la peau riche en vaisseaux
sanguins. Chez le pingouin empereur, la ponte a lieu en hiver
(avril) ; le mâle seul couve pendant soixante-deux à soixantequatre jours, le temps que la femelle aille faire provision de
nourriture en mer; lorsque le petit éclot, monsieur laisse le
bébé à madame et va se restaurer au large. Tout est calculé au
jour près : si l’éclosion est retardée, ou si la femelle revient en
retard de la pêche, le poussin est condamné...
Les conditions de vie, en Antarctique, sont d’une dureté
inimaginable. Les pingouins les supportent. Nous ne tardons
pas à y être confrontés.
La saison s’avance. Nous revenons vers la station de Palmer,
puis vers la baie Yelcho, que nous sillonnons. Nous passons
l’île Doumer et de nouveau le détroit de Guerlache, pour
déboucher dans la baie d’Esperanza, à l’entrée de la mer de
Weddell, où est une station argentine.
C’est ici que le vent se lève. En quelques heures, il souffle en
furie. Blizzard à Esperanza sera le titre d’un de nos films de
télévision. Une folie. Un cataclysme météorologique... Les
rafales balaient la baie, emportant des nuées d’embruns qui
deviennent grésil et se figent en couches de plus en plus
épaisses sur les superstructures de la Calypso. Nous tournons en
rond dans la baie pour ne pas être drossés sur la banquise.
Nous tâchons de deviner les icebergs dans le brouillard glacial.
Le vent se rue par moments sur la mer à plus de cent soixante
kilomètres à l’heure. La Calypso s’enveloppe dans une carapace
de glace qui l’alourdit. Nous n’avons pas d’autre solution que
de tourner en rond. Toute une nuit et tout un jour, nous
tournons. Le blizzard ne faiblit pas. Quand la nuit tombe,
nous continuons de faire des ronds sur l’océan déchaîné.
Au matin, un glaçon que nous ne parvenons pas à éviter
déchire le bordé à bâbord arrière (heureusement, au-dessus de
la ligne de flottaison) ; mais, en continuant sa course, le growler
tord le propulseur. Nous n’avons plus qu’un moteur. Nous
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le cou illuminés d’orange vif. Dans le couple, la femelle pond
un seul œuf, que les deux parents font incuber sur leurs pieds
palmés, contre leur bas-ventre à la peau riche en vaisseaux
sanguins. Chez le pingouin empereur, la ponte a lieu en hiver
(avril) ; le mâle seul couve pendant soixante-deux à soixantequatre jours, le temps que la femelle aille faire provision de
nourriture en mer; lorsque le petit éclot, monsieur laisse le
bébé à madame et va se restaurer au large. Tout est calculé au
jour près : si l’éclosion est retardée, ou si la femelle revient en
retard de la pêche, le poussin est condamné...
Les conditions de vie, en Antarctique, sont d’une dureté
inimaginable. Les pingouins les supportent. Nous ne tardons
pas à y être confrontés.
La saison s’avance. Nous revenons vers la station de Palmer,
puis vers la baie Yelcho, que nous sillonnons. Nous passons
l’île Doumer et de nouveau le détroit de Guerlache, pour
déboucher dans la baie d’Esperanza, à l’entrée de la mer de
Weddell, où est une station argentine.
C’est ici que le vent se lève. En quelques heures, il souffle en
furie. Blizzard à Esperanza sera le titre d’un de nos films de
télévision. Une folie. Un cataclysme météorologique... Les
rafales balaient la baie, emportant des nuées d’embruns qui
deviennent grésil et se figent en couches de plus en plus
épaisses sur les superstructures de la Calypso. Nous tournons en
rond dans la baie pour ne pas être drossés sur la banquise.
Nous tâchons de deviner les icebergs dans le brouillard glacial.
Le vent se rue par moments sur la mer à plus de cent soixante
kilomètres à l’heure. La Calypso s’enveloppe dans une carapace
de glace qui l’alourdit. Nous n’avons pas d’autre solution que
de tourner en rond. Toute une nuit et tout un jour, nous
tournons. Le blizzard ne faiblit pas. Quand la nuit tombe,
nous continuons de faire des ronds sur l’océan déchaîné.
Au matin, un glaçon que nous ne parvenons pas à éviter
déchire le bordé à bâbord arrière (heureusement, au-dessus de
la ligne de flottaison) ; mais, en continuant sa course, le growler
tord le propulseur. Nous n’avons plus qu’un moteur. Nous
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