EN PLONGÉE SOUS UN ICEBERG
J’amène la soucoupe jusqu’à deux cent trente mètres de
profondeur. Jamais un submersible n’avait exploré l’océan
Antarctique. A côté de moi, le Pacha filme et photographie des
créatures que personne n’avait vues : étrange sentiment, que
celui d’être le premier... Par endroits, le fond est labouré par
les icebergs comme par une charrue titanesque aucune
créature ne se risque dans ces sillons de plusieurs mètres de
profondeur. En remontant le long d’un château gelé, je redoute
de coincer la soucoupe sous un auvent...
Tout se passe bien. La Calypso poursuit son chemin en
saluant l’île Pourquoi-Pas et la baie Ryder. Elle entre dans la
baie Laubeuf, puis dans le dangereux chenal Gunnel, qui
sépare l’île Hansen de la péninsule Arrowsmith. Nous nous
amarrons à la banquise de la baie Hanusse. C’est l’occasion
d’une série de plongées mémorables.
Nous descendons en scaphandre au cœur d’un iceberg.
Philippe Cousteau en rêvait. Il prend la tête d’un groupe dont
je fais partie, et qui comprend aussi François Dorado et
Raymond Coll. Nous nous approchons en Zodiac d’un monstre
blanc-bleu. Nous le choisissons solide : il ne conviendrait pas
qu’il s’écroule sur nous...
Nous nous mettons à l’eau. Nous nous laissons glisser le long
de la muraille froide. Dix mètres, vingt, quarante... Les
couleurs sont étonnantes : toutes les nuances du blanc et du
bleu, avec des plaques d’argent, des zébrures, des lignes
étranges... Philippe Cousteau s’engage dans une fissure qui
mène dans les entrailles de la glace. Nous le suivons. J’avoue
que j’ai le cœur qui bat. Je dois faire l’effort de me dominer. Je
contrôle ma respiration. C’est encore plus impressionnant que
de plonger dans une caverne. Ici, tout est étrange. Une
ambiance agressive, dure, inhumaine, mais une splendeur. Les
bulles de nos scaphandres accrochent des amas d’étoiles au
ciel de verre. Par places, la matière de l’iceberg ressemble à du
bonbon à la menthe. Ailleurs, on dirait un drap. Plus loin, la
surface solide est creusée d’encoches, comme un silex taillé...
Le plus impressionnant, ce sont les craquements. L’iceberg vit,
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