CAPITAINE DE LA CALYPSO
occupe le centre, et qui est formée par une caldera (un cratère
d’explosion) envahie par la mer. Le bateau de Cousteau se
faufile dans le goulet que les anciens baleiniers appelaient les
Forges de Neptune, ou la Gueule du Dragon, ou encore les
Portes de l’Enfer. Nous jetons l’ancre. Nous allons en Zodiac
visiter les anciennes bases de baleinage britannique et chilienne, aujourd’hui en ruine.
Le volcan de Déception n’est qu’endormi : un peu partout
dans la baie, la mer fume. Des sources bouillantes s’y
déversent. Localement, la température de l’eau atteint cinquante degrés centigrades. Nous avons l’idée de nous baigner :
curieuse expérience ! La couche supérieure chaude ne dépasse
pas deux pieds d’épaisseur; de telle sorte que, debout dans
l’eau, on a la poitrine qui brûle, le nombril à la bonne
température et les jambes glacées !
Le lendemain, tandis qu’une partie de l’équipe chausse les
crampons et part en reconnaissance sur le glacier, je plonge en
soucoupe avec Philippe Cousteau. Nous descendons dans une
eau chargée de particules organiques. Je suis frappé par la
richesse biologique de cet océan, qui contraste avec la
désolation de la terre émergée. Le fluide regorge de plancton :
nous traversons des nuages confus de crevettes, de mollusques,
de petits animaux en tout genre, dont l’explosion démographique est un bonheur pour les prédateurs. Voici, devant notre
hublot, un poisson bleu qui ne figure sur aucun guide
d’identification. Des pingouins filent comme des flèches argentées de bulles à la poursuite des crevettes. Un phoque crabier
se goinfre de krill. Toute la vie antarctique est dans la mer.
Nous fêtons Noël à l’île Déception. Nous chantons, nous
buvons du champagne, nous échangeons des cadeaux. Même
éloignés de nos familles, nous sommes heureux. Le plus
enthousiaste de tous est notre second, Michel Laval.
Le 28 décembre, Michel Laval est mort...
A 11 h 30, il est sur le glacier en compagnie de Philippe
Cousteau, de François Dorado et du cinéaste Colin Mounier.
Ils ont marché des heures. Ils sont épuisés. Ils demandent par
286
occupe le centre, et qui est formée par une caldera (un cratère
d’explosion) envahie par la mer. Le bateau de Cousteau se
faufile dans le goulet que les anciens baleiniers appelaient les
Forges de Neptune, ou la Gueule du Dragon, ou encore les
Portes de l’Enfer. Nous jetons l’ancre. Nous allons en Zodiac
visiter les anciennes bases de baleinage britannique et chilienne, aujourd’hui en ruine.
Le volcan de Déception n’est qu’endormi : un peu partout
dans la baie, la mer fume. Des sources bouillantes s’y
déversent. Localement, la température de l’eau atteint cinquante degrés centigrades. Nous avons l’idée de nous baigner :
curieuse expérience ! La couche supérieure chaude ne dépasse
pas deux pieds d’épaisseur; de telle sorte que, debout dans
l’eau, on a la poitrine qui brûle, le nombril à la bonne
température et les jambes glacées !
Le lendemain, tandis qu’une partie de l’équipe chausse les
crampons et part en reconnaissance sur le glacier, je plonge en
soucoupe avec Philippe Cousteau. Nous descendons dans une
eau chargée de particules organiques. Je suis frappé par la
richesse biologique de cet océan, qui contraste avec la
désolation de la terre émergée. Le fluide regorge de plancton :
nous traversons des nuages confus de crevettes, de mollusques,
de petits animaux en tout genre, dont l’explosion démographique est un bonheur pour les prédateurs. Voici, devant notre
hublot, un poisson bleu qui ne figure sur aucun guide
d’identification. Des pingouins filent comme des flèches argentées de bulles à la poursuite des crevettes. Un phoque crabier
se goinfre de krill. Toute la vie antarctique est dans la mer.
Nous fêtons Noël à l’île Déception. Nous chantons, nous
buvons du champagne, nous échangeons des cadeaux. Même
éloignés de nos familles, nous sommes heureux. Le plus
enthousiaste de tous est notre second, Michel Laval.
Le 28 décembre, Michel Laval est mort...
A 11 h 30, il est sur le glacier en compagnie de Philippe
Cousteau, de François Dorado et du cinéaste Colin Mounier.
Ils ont marché des heures. Ils sont épuisés. Ils demandent par
286
