LE GRAND CONTINENT BLANC
guide, le professeur Raymond Duguy, spécialiste des cétacés,
nous aide à reconstituer un squelette de baleine bleue. Ces
parages furent le royaume des baleiniers. La chasse aux grands
rorquals (baleine bleue et rorqual commun) commença vers
1902 en Antarctique. Les Norvégiens, les Anglais, les Américains et une dizaine d’autres nations vinrent massacrer ces
géants, dont on traite le lard dans des stations à terre, puis
dans des bateaux-usines. Dans les années 1930, on tua en
Antarctique plus de trente mille baleines par saison de chasse !
Fleuves de sang répandus dans l’océan... Il faut savoir
qu’aujourd’hui, après plus d’un demi-siècle de tuerie, il ne
reste, dans le monde, que deux ou trois mille baleines bleues —
peut-être moins de mille, selon certains cétologistes...
Le squelette que nous reconstituons m’apparaît comme le
témoignage pathétique de la cruelle rapacité des hommes.
Notre espèce n’a pas hésité à massacrer des montagnes
vivantes de trente mètres de longueur et de cent cinquante à
deux cents tonnes, afin d’en faire de la graisse à chandelles et
des produits chimiques !
Les baleines, nous les cherchons évidemment dans la mer
lorsque nous quittons l’île King George, en route pour l’île
Déception. C’est, pour elles, la saison favorable. Nous devrions
les voir souffler nombreuses, en train de se gorger de krill...
Mais non. L’homme a trop tué. Nous ne rencontrons que deux
baleines à bosse et quelques petits rorquals — plus un
troupeau d’orques. Aucune baleine bleue. Bien que cette
dernière soit protégée depuis plusieurs décennies, on n’est pas
sûr qu’elle survivra : au-dessous d’un certain effectif, l’espèce
n’est plus assez nombreuse pour que les femelles et les mâles se
retrouvent au moment favorable dans l’immensité de l’océan ;
et les tares dues à la consanguinité abaissent le chiffre des
naissances.
L’île Déception porte le nom qui convient. Un désert
minéral... C’est une montagne volcanique en noir et blanc :
d’un côté, le basalte ; de l’autre, la neige et la glace. La Calypso
manœuvre pour entrer dans la baie presque fermée qui en
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guide, le professeur Raymond Duguy, spécialiste des cétacés,
nous aide à reconstituer un squelette de baleine bleue. Ces
parages furent le royaume des baleiniers. La chasse aux grands
rorquals (baleine bleue et rorqual commun) commença vers
1902 en Antarctique. Les Norvégiens, les Anglais, les Américains et une dizaine d’autres nations vinrent massacrer ces
géants, dont on traite le lard dans des stations à terre, puis
dans des bateaux-usines. Dans les années 1930, on tua en
Antarctique plus de trente mille baleines par saison de chasse !
Fleuves de sang répandus dans l’océan... Il faut savoir
qu’aujourd’hui, après plus d’un demi-siècle de tuerie, il ne
reste, dans le monde, que deux ou trois mille baleines bleues —
peut-être moins de mille, selon certains cétologistes...
Le squelette que nous reconstituons m’apparaît comme le
témoignage pathétique de la cruelle rapacité des hommes.
Notre espèce n’a pas hésité à massacrer des montagnes
vivantes de trente mètres de longueur et de cent cinquante à
deux cents tonnes, afin d’en faire de la graisse à chandelles et
des produits chimiques !
Les baleines, nous les cherchons évidemment dans la mer
lorsque nous quittons l’île King George, en route pour l’île
Déception. C’est, pour elles, la saison favorable. Nous devrions
les voir souffler nombreuses, en train de se gorger de krill...
Mais non. L’homme a trop tué. Nous ne rencontrons que deux
baleines à bosse et quelques petits rorquals — plus un
troupeau d’orques. Aucune baleine bleue. Bien que cette
dernière soit protégée depuis plusieurs décennies, on n’est pas
sûr qu’elle survivra : au-dessous d’un certain effectif, l’espèce
n’est plus assez nombreuse pour que les femelles et les mâles se
retrouvent au moment favorable dans l’immensité de l’océan ;
et les tares dues à la consanguinité abaissent le chiffre des
naissances.
L’île Déception porte le nom qui convient. Un désert
minéral... C’est une montagne volcanique en noir et blanc :
d’un côté, le basalte ; de l’autre, la neige et la glace. La Calypso
manœuvre pour entrer dans la baie presque fermée qui en
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