LE GRAND CONTINENT BLANC
autre satellite). Nous sommes le premier navire qui bénéficie
de ce matériel ultramoderne. Dieu — et Cousteau — savent
qu’il ne sera pas superflu dans les glaces antarctiques.
A Puerto Madryn. en Argentine, nous avons aussi embarqué un petit hélicoptère Hughes 300, qui peut décoller et
atterrir sur une plate-forme grillagée que nous avons
construite à l’avant de la Calypso.
Nous recevrons l’assistance d’un bâtiment argentin, le Bahia
Aguirre, qui nous ravitaillera en gazole, en kérosène, en eau et
en vivres. Vogue la galère...
Nous filons vers le sud à travers le détroit de Drake. Les
eaux les plus agitées et les plus dangereuses de la planète... Le
capitaine Alain Bougaran et son second Michel Laval scrutent
l’horizon à la jumelle. Mais l’horizon est bouché. Le plafond
de nuages s’abaisse ; le vent se lève et creuse la houle ; le grésil
puis la neige tombent. Dire que nous sommes au printemps !
J’admire les damiers (ou « pigeons ») du Cap, qui tournoient dans l’air au-dessus du sillage de la Calypso. Je
contemple le vol royal des albatros : aucun autre oiseau ne
possède leur science du vent. Nous croisons une troupe pressée
de pingouins papous, qui sautent dans la vague à la façon des
marsouins : étonnantes créatures. Ils sont de toute évidence en
train de déjeuner : ils piquent et resurgissent en avalant de
petits animaux. Je donne, par curiosité, un coup de filet à
plancton : l’engin s’emplit de crevettes rosâtres, longues de
cinq centimètres. Des euphausiacées. Le fameux krill, dont les
baleines à fanons s’empiffrent...
Je suis chef plongeur de cette mission, comme de la plupart
de celles qui l’ont précédée. J’ai veillé à la qualité du matériel.
Nous avons l’intention de nous immerger sous la banquise,
dans des eaux dont la température descend au-dessous de zéro
degré centigrade (le sel dissous abaisse le point de congélation). J’ai fait confectionner, pour chaque plongeur, une
combinaison spéciale, isolante, de couleur rouge. Grâce à cet
habit appelé unisuit, la peau n’est pas en contact avec le fluide
marin : une couche d’air l’en sépare, et permet de tenir une
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