LA TRAGÉDIE DES SAUMONS ROUGES
Elle a trouvé ces animaux à Round Island et (comme on
pouvait s’y attendre) à Walrus Island (l’île Morse). Ces
pinnipèdes, à peine moins gros que les éléphants de mer,
forment une famille intermédiaire entre celle des otaries et
celle des phoques. Ils ont été massacrés pour leur lard (par les
baleiniers) et pour leurs longues canines — leurs défenses,
dont l’ivoire est aussi précieux (malheureusement pour les
deux espèces) que celui des éléphants. Les morses ressemblent
à d’énormes chenilles brun-rouge lorsqu’ils rampent sur la
terre ferme. Dans l’eau, ils acquièrent une grâce inimitable. Ils
accomplissent de longues migrations, partie en nageant, partie
en se laissant dériver sur les glaçons, qui leur tiennent lieu
d’autobus de l’Arctique...
L’équipe a plongé avec eux. Ils se nourrissent de coquillages, de crabes, de concombres de mer, etc., qu’ils déterrent
non pas avec la pointe de leurs défenses, comme on l’a cru,
mais avec les lèvres. Ils ne cessent d’émettre des bruits de
toutes sortes. Ils crient, ils grognent, ils sifflent, ils gazouillent.
On les a appelés les « pinsons de la mer ». Dans l’eau, les
mâles produisent de curieux tintements de cloche, que les
anciens navigateurs prenaient pour un glas...
Nous évoluons, dans des forêts sous-marines de kelp géant,
avec des loutres de mer, puis avec des otaries à fourrure
d’Alaska. Nous filmons les crabes géants du Pacifique Nord,
ou crabes royaux, dont les plus grands exemplaires dépassent
trois mètres d’envergure. Ces géants des crustacés, surpêchés,
deviennent rares. Nous apercevons des narvals — curieux
cétacés dont une dent hypertrophiée et torsadée prolonge le
museau ainsi qu’une épée, et qu’on surnomme licornes de mer.
Au début du mois de septembre, quand la mer et les
conditions météorologiques se gâtent dans l’Arctique, les
baleines grises gouvernent vers le sud. La Calypso en fait
autant. Nous revenons dans le port de Seattle.
Repos. Réparations. Changement d’équipes...
Lorsque les travaux d’exploration recommencent, nous
plongeons dans le détroit de Juan de Fuca, entre l’île de
267
Elle a trouvé ces animaux à Round Island et (comme on
pouvait s’y attendre) à Walrus Island (l’île Morse). Ces
pinnipèdes, à peine moins gros que les éléphants de mer,
forment une famille intermédiaire entre celle des otaries et
celle des phoques. Ils ont été massacrés pour leur lard (par les
baleiniers) et pour leurs longues canines — leurs défenses,
dont l’ivoire est aussi précieux (malheureusement pour les
deux espèces) que celui des éléphants. Les morses ressemblent
à d’énormes chenilles brun-rouge lorsqu’ils rampent sur la
terre ferme. Dans l’eau, ils acquièrent une grâce inimitable. Ils
accomplissent de longues migrations, partie en nageant, partie
en se laissant dériver sur les glaçons, qui leur tiennent lieu
d’autobus de l’Arctique...
L’équipe a plongé avec eux. Ils se nourrissent de coquillages, de crabes, de concombres de mer, etc., qu’ils déterrent
non pas avec la pointe de leurs défenses, comme on l’a cru,
mais avec les lèvres. Ils ne cessent d’émettre des bruits de
toutes sortes. Ils crient, ils grognent, ils sifflent, ils gazouillent.
On les a appelés les « pinsons de la mer ». Dans l’eau, les
mâles produisent de curieux tintements de cloche, que les
anciens navigateurs prenaient pour un glas...
Nous évoluons, dans des forêts sous-marines de kelp géant,
avec des loutres de mer, puis avec des otaries à fourrure
d’Alaska. Nous filmons les crabes géants du Pacifique Nord,
ou crabes royaux, dont les plus grands exemplaires dépassent
trois mètres d’envergure. Ces géants des crustacés, surpêchés,
deviennent rares. Nous apercevons des narvals — curieux
cétacés dont une dent hypertrophiée et torsadée prolonge le
museau ainsi qu’une épée, et qu’on surnomme licornes de mer.
Au début du mois de septembre, quand la mer et les
conditions météorologiques se gâtent dans l’Arctique, les
baleines grises gouvernent vers le sud. La Calypso en fait
autant. Nous revenons dans le port de Seattle.
Repos. Réparations. Changement d’équipes...
Lorsque les travaux d’exploration recommencent, nous
plongeons dans le détroit de Juan de Fuca, entre l’île de
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