CAPITAINE DE LA CALYPSO
faisant naître un chapelet de bulles d’argent le long de son
cordage de chanvre. Le mouillage touche le fond. Mon père
déclare qu’il y a quarante-cinq mètres. Il attache le filin au
capian (ornement de proue) par deux demi-clés. La peche
commence.
Papa me tend une ligne enroulée autour d’un liège et munie
de deux hameçons dorés. Il me montre comment amorcer en
recouvrant bien le fer courbe et pointu, de façon à tromper le
poisson. Je laisse descendre ma ligne dans la mer.
Maman aussi a envoyé sa palangrotte. Elle pousse un petit
cri lorsqu’elle remonte son fil : elle a pris deux girelles royales.
Rien n’est beau comme ces poissons aux écailles d’argent
rehaussé de bleu et de vert, avec leurs flancs zébrés d’une
bande orange vif et leur tache noire en arrière de chaque
pectorale... J’apprendrai plus tard qu’il n’existe pas deux
espèces differentes de girelles, comme le croient la plupart des
pêcheurs méditerranéens : la « normale » et la « royale ». Ce
sont deux formes du même animal. La première (nommée
« gioffredi » par les naturalistes) est femelle ; la seconde (dite
«julis» par les savants) est mâle. La girelle, comme de
nombreux poissons, est hermaphrodite . après une période
femelle, chaque individu change de sexe et finit sa carrière
paré des brillantes couleurs du sexe dit « fort ».
«Fais attention à ce que tu fais!... me lance mon père.
Remonte ta ligne de vingt centimètres si tu sens une pitée (une
touche). Laisse le poisson goûter l’appât pendant une seconde,
et tire sur le fil d’un coup sec ! »
J’essaie... Deux fois, trois fois... Je sens la pitée. Mais quand
je lève ma palangrotte, il n’y a rien au bout... Je commence
d enrager, d’autant que ma mère accomplit une petite pêche
miraculeuse : déjà six girelles luisent près d’elle dans la
banaste.
Mon appât a été dévoré. J’amorce de nouveau. Je relance et
j attends la touche... En voici une, très nette. Je patiente une
seconde et je ferre. J’en ai un !
Mon père me conseille de l’amener en surface sans à-coup,
30
faisant naître un chapelet de bulles d’argent le long de son
cordage de chanvre. Le mouillage touche le fond. Mon père
déclare qu’il y a quarante-cinq mètres. Il attache le filin au
capian (ornement de proue) par deux demi-clés. La peche
commence.
Papa me tend une ligne enroulée autour d’un liège et munie
de deux hameçons dorés. Il me montre comment amorcer en
recouvrant bien le fer courbe et pointu, de façon à tromper le
poisson. Je laisse descendre ma ligne dans la mer.
Maman aussi a envoyé sa palangrotte. Elle pousse un petit
cri lorsqu’elle remonte son fil : elle a pris deux girelles royales.
Rien n’est beau comme ces poissons aux écailles d’argent
rehaussé de bleu et de vert, avec leurs flancs zébrés d’une
bande orange vif et leur tache noire en arrière de chaque
pectorale... J’apprendrai plus tard qu’il n’existe pas deux
espèces differentes de girelles, comme le croient la plupart des
pêcheurs méditerranéens : la « normale » et la « royale ». Ce
sont deux formes du même animal. La première (nommée
« gioffredi » par les naturalistes) est femelle ; la seconde (dite
«julis» par les savants) est mâle. La girelle, comme de
nombreux poissons, est hermaphrodite . après une période
femelle, chaque individu change de sexe et finit sa carrière
paré des brillantes couleurs du sexe dit « fort ».
«Fais attention à ce que tu fais!... me lance mon père.
Remonte ta ligne de vingt centimètres si tu sens une pitée (une
touche). Laisse le poisson goûter l’appât pendant une seconde,
et tire sur le fil d’un coup sec ! »
J’essaie... Deux fois, trois fois... Je sens la pitée. Mais quand
je lève ma palangrotte, il n’y a rien au bout... Je commence
d enrager, d’autant que ma mère accomplit une petite pêche
miraculeuse : déjà six girelles luisent près d’elle dans la
banaste.
Mon appât a été dévoré. J’amorce de nouveau. Je relance et
j attends la touche... En voici une, très nette. Je patiente une
seconde et je ferre. J’en ai un !
Mon père me conseille de l’amener en surface sans à-coup,
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