CAPITAINE DE LA CALYPSO
de calmars — comme jamais je n’en ai vu. Cela se passe à
quelques milles au large de l’île de Santa Catalina. Les
mollusques sont en pleine reproduction. Des centaines de
milliers, des millions de ces créatures, longues de trente
centimètres, se tortillent et palpitent dans les vagues. La nuit,
le spectacle est ahurissant. Nous plongeons. La mer grouille.
Les animaux sont surexcités. Ils jaillissent de toutes parts
comme des flèches, en nageant à réaction. Les mâles se jettent
sur les femelles et les serrent dans leurs dix bras ; puis, à l’aide
d’un de leurs tentacules (dit hectocotyle), ils cueillent leurs
spermatozoïdes à la sortie de leur orifice génital, et les
enfournent dans la cavité palléale de leur compagne. La
frénésie atteint une intensité étonnante. Des prédateurs, bien
sûr, ont flairé l’aubaine. J’aperçois des requins qui engouffrent
à pleine gueule les mollusques, qui ne voient même pas venir la
mort. Puis des globicéphales s’invitent à la table du banquet...
Au matin, quand la folie se calme, nous effectuons une
nouvelle plongée. Les femelles pondent des chapelets d’œufs
blancs, qu’elles accrochent sur les gorgones et les algues du
fond. Epuisés par l’acte d’amour, les adultes des deux sexes
tombent lentement sur le plancher marin où ils meurent, et où
ils forment bientôt une impressionnante couche de cadavres.
Mais la descendance est assurée...
Au sud de Monterrey, en Californie, nous rendons visite aux
loutres de mer. Rien n’est joli comme ces animaux à la
fourrure précieuse, que les hommes (une fois de plus) massacrèrent. C’est pour la peau de cette espèce que les Russes, au
xvme siècle, s’installèrent en Alaska, puis descendirent le long
des côtes occidentales de l’Amérique, jusqu’en Californie. Les
loutres de mer aiment à s’enrouler dans les grandes frondes du
kelp pour faire la sieste en surface. Nous nageons vers elles.
Nous les regardons vivre leur vie de famille. Dans l’eau, elles
sont la grâce même. Elles virevoltent, elles se tordent, elles
dansent. Elles descendent chercher au fond les oursins, les
ormeaux (abalones) et les crabes dont elles se délectent. Ce
sont des animaux intelligents, qui savent se servir d’outils :
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de calmars — comme jamais je n’en ai vu. Cela se passe à
quelques milles au large de l’île de Santa Catalina. Les
mollusques sont en pleine reproduction. Des centaines de
milliers, des millions de ces créatures, longues de trente
centimètres, se tortillent et palpitent dans les vagues. La nuit,
le spectacle est ahurissant. Nous plongeons. La mer grouille.
Les animaux sont surexcités. Ils jaillissent de toutes parts
comme des flèches, en nageant à réaction. Les mâles se jettent
sur les femelles et les serrent dans leurs dix bras ; puis, à l’aide
d’un de leurs tentacules (dit hectocotyle), ils cueillent leurs
spermatozoïdes à la sortie de leur orifice génital, et les
enfournent dans la cavité palléale de leur compagne. La
frénésie atteint une intensité étonnante. Des prédateurs, bien
sûr, ont flairé l’aubaine. J’aperçois des requins qui engouffrent
à pleine gueule les mollusques, qui ne voient même pas venir la
mort. Puis des globicéphales s’invitent à la table du banquet...
Au matin, quand la folie se calme, nous effectuons une
nouvelle plongée. Les femelles pondent des chapelets d’œufs
blancs, qu’elles accrochent sur les gorgones et les algues du
fond. Epuisés par l’acte d’amour, les adultes des deux sexes
tombent lentement sur le plancher marin où ils meurent, et où
ils forment bientôt une impressionnante couche de cadavres.
Mais la descendance est assurée...
Au sud de Monterrey, en Californie, nous rendons visite aux
loutres de mer. Rien n’est joli comme ces animaux à la
fourrure précieuse, que les hommes (une fois de plus) massacrèrent. C’est pour la peau de cette espèce que les Russes, au
xvme siècle, s’installèrent en Alaska, puis descendirent le long
des côtes occidentales de l’Amérique, jusqu’en Californie. Les
loutres de mer aiment à s’enrouler dans les grandes frondes du
kelp pour faire la sieste en surface. Nous nageons vers elles.
Nous les regardons vivre leur vie de famille. Dans l’eau, elles
sont la grâce même. Elles virevoltent, elles se tordent, elles
dansent. Elles descendent chercher au fond les oursins, les
ormeaux (abalones) et les crabes dont elles se délectent. Ce
sont des animaux intelligents, qui savent se servir d’outils :
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