LE LAGON DES BALEINES GRISES
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Le scientifique embarqué pour cette mission, le professeur
Théodore (Ted) Walker, spécialiste des baleines grises, suppose que la mère doit tourner quelque part dans les parages en
appelant son enfant. Il soigne les blessures de Jonas et lui
confectionne une épaisse bouillie de lait enrichie de graisse et
d’œufs, qu’il enfourne à la main dans la gueule du baleineau.
Pendant deux jours et deux nuits, Jonas hésite entre la vie et la
mort — et toute la Calypso, entre la joie et la peine. C’est la
mort qui gagne. Jamais, peut-être, en plus de trente-cinq
années de missions Cousteau, pareille tristesse ne s’est abattue
sur les équipiers après la disparition d’un animal.
Au début du mois de février, le capitaine Claude Caillart
cède la place à son homologue Jean-Paul Bassaget. Le
21 mars, nous apprenons le décès du père du commandant
Cousteau, M. Daniel Cousteau, brillant avocat et esprit
encyclopédique, que j’avais côtoyé et écouté dans les locaux
des Campagnes océanographiques françaises ou sur la Calypso,
pendant nos dix premières années de croisières.
Au printemps qui suit, nous explorons les îles du Détroit (les
Channel Islands), situées en face de Los Angeles. Ces terres
sont à la fois les symboles d’une nature partiellement préservée
(avec des fonds merveilleux et des eaux riches en phoques, en
otaries, en dauphins et en baleines), et la preuve que les
splendeurs de la vie sont partout menacées par l’énorme
progression des activités humaines ; urbanisation anarchique,
industrie, agriculture intensive, tourisme, transports... La
marée noire de Santa Barbara, qui a frappé ces côtes en 1968,
laisse des images de désolation. Nous sommes les témoins
consternés des dégâts qu’elle a commis.
Il reste, heureusement, de l’espoir : là où l’homme laisse la
nature en paix, celle-ci remonte la pente. Non loin de l’énorme
agglomération de Los Angeles, nous assistons en plongée à un
ballet endiablé d’otaries de Californie. Nous pistons des
dauphins nez-en-bouteille et des dauphins sténelles.
Nous tombons par hasard sur un prodigieux rassemblement
261
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Le scientifique embarqué pour cette mission, le professeur
Théodore (Ted) Walker, spécialiste des baleines grises, suppose que la mère doit tourner quelque part dans les parages en
appelant son enfant. Il soigne les blessures de Jonas et lui
confectionne une épaisse bouillie de lait enrichie de graisse et
d’œufs, qu’il enfourne à la main dans la gueule du baleineau.
Pendant deux jours et deux nuits, Jonas hésite entre la vie et la
mort — et toute la Calypso, entre la joie et la peine. C’est la
mort qui gagne. Jamais, peut-être, en plus de trente-cinq
années de missions Cousteau, pareille tristesse ne s’est abattue
sur les équipiers après la disparition d’un animal.
Au début du mois de février, le capitaine Claude Caillart
cède la place à son homologue Jean-Paul Bassaget. Le
21 mars, nous apprenons le décès du père du commandant
Cousteau, M. Daniel Cousteau, brillant avocat et esprit
encyclopédique, que j’avais côtoyé et écouté dans les locaux
des Campagnes océanographiques françaises ou sur la Calypso,
pendant nos dix premières années de croisières.
Au printemps qui suit, nous explorons les îles du Détroit (les
Channel Islands), situées en face de Los Angeles. Ces terres
sont à la fois les symboles d’une nature partiellement préservée
(avec des fonds merveilleux et des eaux riches en phoques, en
otaries, en dauphins et en baleines), et la preuve que les
splendeurs de la vie sont partout menacées par l’énorme
progression des activités humaines ; urbanisation anarchique,
industrie, agriculture intensive, tourisme, transports... La
marée noire de Santa Barbara, qui a frappé ces côtes en 1968,
laisse des images de désolation. Nous sommes les témoins
consternés des dégâts qu’elle a commis.
Il reste, heureusement, de l’espoir : là où l’homme laisse la
nature en paix, celle-ci remonte la pente. Non loin de l’énorme
agglomération de Los Angeles, nous assistons en plongée à un
ballet endiablé d’otaries de Californie. Nous pistons des
dauphins nez-en-bouteille et des dauphins sténelles.
Nous tombons par hasard sur un prodigieux rassemblement
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