CAPITAINE DE LA CALYPSO
Philippe Cousteau, Bernard Delemotte et moi nous retrouvons à l’eau, à moitié sonné. Je suis coincé sous le Zodiac. Je
me demande un instant si je vais réussir à me dégager. Je
réussis à remonter en surface.
Lorsque nous reprenons nos esprits, sains et saufs, mais
plutôt choqués, nous évaluons l’ampleur des dégâts. D’un seul
coup de tête et de queue (joli doublé!), la femelle a cassé le
plancher du Zodiac, détruit le moteur et écrabouillé comme
une crêpe le réservoir à essence. Nous revenons de loin : si l’un
de nous avait pris sur la tête cette baffe de sept mètres
d’envergure et de cinq cents chevaux, il serait aussi plat que le
réservoir...
La baleine grise de Californie n’est jamais agressive envers
l’homme, sauf — précisément — quand une mère est inquiète
pour son bébé. Alors, elle fonce, ce que ne font ni les baleines
franches, ni les rorquals. Philippe Cousteau nous rappelle (un
peu tard !) que les baleiniers américains nommaient l’espèce
deuil Jish, « poisson-diable »...
Après quelques jours passés à soigner nos bosses et nos
égratignures, nous continuons d’étudier les mœurs du grand
cétacé. Nous veillons à ne donner en aucun cas aux femelles
l’impression que nous pouvons présenter un danger pour leurs
petits.
Un matin, sur une plage, Philippe découvre un baleineau
échoué. Le jeune est encore vivant, mais il a sur les flancs de
vilaines blessures sur lesquelles les oiseaux de mer s’acharnent.
Il cligne de ses petits yeux où se lisent à la fois l’angoisse et
l’intelligence. Philippe ne peut s’empêcher de penser qu’il
implore à l’aide. Il alerte la Calypso par radio. Les équipiers
roulent le petit dans un grand filet et le poussent à l’eau. Ce
n’est pas si facile : il mesure quatre mètres cinquante de
longueur et pèse une tonne et demie... Puis ils le remorquent
derrière le chaland jusqu’à la Calypso, où ils l’attachent à la
coque de façon qu’il ait les évents au-dessus de la surface et
puisse respirer.
Le baleineau reçoit le nom de Jonas.
260
Philippe Cousteau, Bernard Delemotte et moi nous retrouvons à l’eau, à moitié sonné. Je suis coincé sous le Zodiac. Je
me demande un instant si je vais réussir à me dégager. Je
réussis à remonter en surface.
Lorsque nous reprenons nos esprits, sains et saufs, mais
plutôt choqués, nous évaluons l’ampleur des dégâts. D’un seul
coup de tête et de queue (joli doublé!), la femelle a cassé le
plancher du Zodiac, détruit le moteur et écrabouillé comme
une crêpe le réservoir à essence. Nous revenons de loin : si l’un
de nous avait pris sur la tête cette baffe de sept mètres
d’envergure et de cinq cents chevaux, il serait aussi plat que le
réservoir...
La baleine grise de Californie n’est jamais agressive envers
l’homme, sauf — précisément — quand une mère est inquiète
pour son bébé. Alors, elle fonce, ce que ne font ni les baleines
franches, ni les rorquals. Philippe Cousteau nous rappelle (un
peu tard !) que les baleiniers américains nommaient l’espèce
deuil Jish, « poisson-diable »...
Après quelques jours passés à soigner nos bosses et nos
égratignures, nous continuons d’étudier les mœurs du grand
cétacé. Nous veillons à ne donner en aucun cas aux femelles
l’impression que nous pouvons présenter un danger pour leurs
petits.
Un matin, sur une plage, Philippe découvre un baleineau
échoué. Le jeune est encore vivant, mais il a sur les flancs de
vilaines blessures sur lesquelles les oiseaux de mer s’acharnent.
Il cligne de ses petits yeux où se lisent à la fois l’angoisse et
l’intelligence. Philippe ne peut s’empêcher de penser qu’il
implore à l’aide. Il alerte la Calypso par radio. Les équipiers
roulent le petit dans un grand filet et le poussent à l’eau. Ce
n’est pas si facile : il mesure quatre mètres cinquante de
longueur et pèse une tonne et demie... Puis ils le remorquent
derrière le chaland jusqu’à la Calypso, où ils l’attachent à la
coque de façon qu’il ait les évents au-dessus de la surface et
puisse respirer.
Le baleineau reçoit le nom de Jonas.
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