CAPITAINE DE LA CALYPSO
ils commettraient de sérieux dégâts. Idem pour les réserves de
nourriture... A part quoi, ils sont devenus les plus adorables
pinnipèdes. Quand nous faisons la sieste, sur la plage avant du
bateau, ils dorment avec nous. Seul Zoom, le chien du bord,
n’est pas d’accord avec cette intrusion : de toute évidence, les
deux otaries lui apparaissent comme des concurrents déloyaux
dans l’art de séduire les hommes et d’obtenir leurs caresses.
Nous remontons la chaîne enchanteresse des Antilles. Aux
Grenadines, nous jetons l’ancre dans Tobago Cays. Nous
voulons tester la fidélité de nos deux passagers : nous installons un filet qui barre une petite baie et les empêche de fuir
vers le large. Raymond Coll et moi accompagnons Pépito et
Cristobal dans ce qui constitue leur premier bain de mer
depuis l’Afrique du Sud. Nous nous sommes munis, pour les
inciter davantage à ne pas nous fausser compagnie, de deux
grands sacs remplis de calmars — leur délice.
Pépito, d’ordinaire plus familier que son congénère,
retrouve immédiatement le goût de l’indépendance et explore
à toute vitesse le domaine sous-marin qui s’offre à lui.
Cristobal, de tempérament rebelle sur la Calypso, reste au
contraire timidement dans mes palmes.
Pendant trois jours, nous nous relayons dans l’enclos pour
nager avec eux. Merveilleuses machines aquatiques ! Là où
nous peinons pour avancer de quelques mètres, ils jaillissent,
ils trouent l’épaisseur liquide comme des torpilles. Ils sont
souples, ils sont beaux. Le toboggan que nous avons installé
pour faciliter leurs plongeons depuis la Calypso devient leur
aire de jeu favorite.
Le 4 mai, dans la nuit, nous relevons les filets. Au matin,
quand Pépito et Cristobal s’ébrouent avec nous dans la baie de
Tobago Cays, ils ne savent pas qu’ils sont théoriquement
libres. Ils restent sagement à proximité du bateau.
Puis Cristobal disparaît.
Nous le reverrons à huit cents kilomètres d’ici. Pris au filet
par un pêcheur de Porto Rico, il sera racheté pour trois fois
rien par une Américaine de San Juan, la capitale de l’île. Nous
250
ils commettraient de sérieux dégâts. Idem pour les réserves de
nourriture... A part quoi, ils sont devenus les plus adorables
pinnipèdes. Quand nous faisons la sieste, sur la plage avant du
bateau, ils dorment avec nous. Seul Zoom, le chien du bord,
n’est pas d’accord avec cette intrusion : de toute évidence, les
deux otaries lui apparaissent comme des concurrents déloyaux
dans l’art de séduire les hommes et d’obtenir leurs caresses.
Nous remontons la chaîne enchanteresse des Antilles. Aux
Grenadines, nous jetons l’ancre dans Tobago Cays. Nous
voulons tester la fidélité de nos deux passagers : nous installons un filet qui barre une petite baie et les empêche de fuir
vers le large. Raymond Coll et moi accompagnons Pépito et
Cristobal dans ce qui constitue leur premier bain de mer
depuis l’Afrique du Sud. Nous nous sommes munis, pour les
inciter davantage à ne pas nous fausser compagnie, de deux
grands sacs remplis de calmars — leur délice.
Pépito, d’ordinaire plus familier que son congénère,
retrouve immédiatement le goût de l’indépendance et explore
à toute vitesse le domaine sous-marin qui s’offre à lui.
Cristobal, de tempérament rebelle sur la Calypso, reste au
contraire timidement dans mes palmes.
Pendant trois jours, nous nous relayons dans l’enclos pour
nager avec eux. Merveilleuses machines aquatiques ! Là où
nous peinons pour avancer de quelques mètres, ils jaillissent,
ils trouent l’épaisseur liquide comme des torpilles. Ils sont
souples, ils sont beaux. Le toboggan que nous avons installé
pour faciliter leurs plongeons depuis la Calypso devient leur
aire de jeu favorite.
Le 4 mai, dans la nuit, nous relevons les filets. Au matin,
quand Pépito et Cristobal s’ébrouent avec nous dans la baie de
Tobago Cays, ils ne savent pas qu’ils sont théoriquement
libres. Ils restent sagement à proximité du bateau.
Puis Cristobal disparaît.
Nous le reverrons à huit cents kilomètres d’ici. Pris au filet
par un pêcheur de Porto Rico, il sera racheté pour trois fois
rien par une Américaine de San Juan, la capitale de l’île. Nous
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