LE TRÉSOR DU BANC D’ARGENT
expose volontiers à l’heure du dîner, je me sens quantité
négligeable dans le grand fleuve de la vie.
La Calypso quitte l’île en compagnie d’un troupeau de
baleines. Des rorquals communs — la deuxième plus grande
espèce au monde... Les cétacés mangent et paressent. Au
crépuscule, ils dorment. La baleine ne respire environ qu’une
fois toutes les deux minutes. Ses évents, qui ressemblent à des
ouvertures de violons, s’épanouissent : le rorqual expire et
inspire. Puis les narines se ferment et l’immense bête au dos
gris bleu s’enfonce légèrement sous la surface. Jusqu’à la
prochaine respiration... Chaque fois que c’est nécessaire, un
petit coup de queue réflexe ramène les évents au-dessus du
niveau de l’eau.
J’ai quitté le bord lorsque la Calypso touche l’Amérique dans
le port brésilien de Natal, puis traverse la « plume » de
l’Amazone, où le fleuve monumental décharge ses eaux brunes
dans les eaux bleues de l’Atlantique. L’équateur passé, adieu,
la Croix du Sud...
Escale en Guyane française. Cayenne. L’île du Diable : la
Calypso jette l’ancre devant le bagne où tant de condamnés
vécurent dans l’antichambre de l’enfer. Le Pacha visite les
bâtiments pénitentiaires, que la végétation tropicale envahit.
Cellules sordides. Cachots de un mètre de côté... Au cimetière,
sur une pierre tombale mangée par les mousses, il relève au
hasard une inscription qu’il note sur le Journal de bord : « Ici
repose le déporté Rénier Gustave, décédé le 31 janvier 1939,
âgé de 62 ans. » Qui fut Rénier : un criminel ? Un pauvre type
condamné pour une peccadille ?
A présent, la mer Caraïbe ouvre ses espaces d’azur. Je suis
de retour à bord.
Pépito et Cristobal sont apprivoisés. Ils se comportent sur la
Calypso comme en pays conquis : tout leur est dû. Ils fouinent.
Us investissent les cabines et les couchettes de l’équipage. Ce
dont ils ont envie, ils le volent. Nous sommes obligés de
barricader l’entrée de la salle des cartes et de l’électronique, où
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expose volontiers à l’heure du dîner, je me sens quantité
négligeable dans le grand fleuve de la vie.
La Calypso quitte l’île en compagnie d’un troupeau de
baleines. Des rorquals communs — la deuxième plus grande
espèce au monde... Les cétacés mangent et paressent. Au
crépuscule, ils dorment. La baleine ne respire environ qu’une
fois toutes les deux minutes. Ses évents, qui ressemblent à des
ouvertures de violons, s’épanouissent : le rorqual expire et
inspire. Puis les narines se ferment et l’immense bête au dos
gris bleu s’enfonce légèrement sous la surface. Jusqu’à la
prochaine respiration... Chaque fois que c’est nécessaire, un
petit coup de queue réflexe ramène les évents au-dessus du
niveau de l’eau.
J’ai quitté le bord lorsque la Calypso touche l’Amérique dans
le port brésilien de Natal, puis traverse la « plume » de
l’Amazone, où le fleuve monumental décharge ses eaux brunes
dans les eaux bleues de l’Atlantique. L’équateur passé, adieu,
la Croix du Sud...
Escale en Guyane française. Cayenne. L’île du Diable : la
Calypso jette l’ancre devant le bagne où tant de condamnés
vécurent dans l’antichambre de l’enfer. Le Pacha visite les
bâtiments pénitentiaires, que la végétation tropicale envahit.
Cellules sordides. Cachots de un mètre de côté... Au cimetière,
sur une pierre tombale mangée par les mousses, il relève au
hasard une inscription qu’il note sur le Journal de bord : « Ici
repose le déporté Rénier Gustave, décédé le 31 janvier 1939,
âgé de 62 ans. » Qui fut Rénier : un criminel ? Un pauvre type
condamné pour une peccadille ?
A présent, la mer Caraïbe ouvre ses espaces d’azur. Je suis
de retour à bord.
Pépito et Cristobal sont apprivoisés. Ils se comportent sur la
Calypso comme en pays conquis : tout leur est dû. Ils fouinent.
Us investissent les cabines et les couchettes de l’équipage. Ce
dont ils ont envie, ils le volent. Nous sommes obligés de
barricader l’entrée de la salle des cartes et de l’électronique, où
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