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LE TRÉSOR DU BANC D’ARGENT
aurons vent de cette histoire ; nous retrouverons la dame. Elle
nous revendra Cristobal vingt fois plus cher qu’elle ne l’a
acquis. Quinze jours plus tard, la jeune otarie voudra manger
un crapaud-buffle ! Malade, elle mourra en dépit des soins
intensifs que lui prodiguera le médecin du bord.
Pour Pépito, l’avenir sera moins noir. Nous le relâcherons
au Pérou, quand nous aurons passé le canal de Panama. Nous
lui rendrons la liberté sur une côte peuplée d’autres otaries à
fourrure — d’une espèce voisine de la sienne. En espérant qu’il
trouvera, chez elles, un accueil favorable... Je n’en suis pas sûr.
Le Pacha, non plus.
Nous aurons vécu, avec Pépito et Cristobal, des moments
d’intimité extraordinaires. Ils auront enchanté notre traversée
de l’océan Atlantique. Ils nous auront appris quelques bribes
de leur mode de vie de mammifères amphibies. Mais — tout
compte fait — c’est une erreur de les avoir enlevés à leur
troupeau et à leur milieu naturel. Nous ne recommencerons
jamais.
Et la Calypso navigue en mer Caraïbe. De perle en perle :
Saint-Vincent; Sainte-Lucie; la Martinique; la Dominique;
la Guadeloupe; Montserrat; Saint-Kitts et Nevis; les îles
Vierges... En nous faufilant parmi ces dernières, nous rencontrons un gros troupeau de globicéphales — plusieurs centaines
de ces super-dauphins noirs au front bombé, qu’on appelle
aussi baleines-pilotes. Mesurant jusqu’à six mètres de longueur pour un poids de deux tonnes, ces cétacés sociables sont
ceux qui se « suicident » le plus souvent en masse sur les
plages, pour des raisons qui nous demeurent inconnues.
A la mi-juin 1968, le capitaine Caillart remplace le capitaine
Maritano aux commandes de notre navire. Il nous apporte des
nouvelles fraîches de France, sous la forme d’un ballot de
journaux. Il est clair que, naviguant dans les Caraïbes pendant
que les étudiants faisaient Mai 68, nous n’avons pas compris
grand-chose aux « événements ». Nous les avons vaguement
suivis à la radio. Je découvre pêle-mêle, dans des numéros de
251
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aurons vent de cette histoire ; nous retrouverons la dame. Elle
nous revendra Cristobal vingt fois plus cher qu’elle ne l’a
acquis. Quinze jours plus tard, la jeune otarie voudra manger
un crapaud-buffle ! Malade, elle mourra en dépit des soins
intensifs que lui prodiguera le médecin du bord.
Pour Pépito, l’avenir sera moins noir. Nous le relâcherons
au Pérou, quand nous aurons passé le canal de Panama. Nous
lui rendrons la liberté sur une côte peuplée d’autres otaries à
fourrure — d’une espèce voisine de la sienne. En espérant qu’il
trouvera, chez elles, un accueil favorable... Je n’en suis pas sûr.
Le Pacha, non plus.
Nous aurons vécu, avec Pépito et Cristobal, des moments
d’intimité extraordinaires. Ils auront enchanté notre traversée
de l’océan Atlantique. Ils nous auront appris quelques bribes
de leur mode de vie de mammifères amphibies. Mais — tout
compte fait — c’est une erreur de les avoir enlevés à leur
troupeau et à leur milieu naturel. Nous ne recommencerons
jamais.
Et la Calypso navigue en mer Caraïbe. De perle en perle :
Saint-Vincent; Sainte-Lucie; la Martinique; la Dominique;
la Guadeloupe; Montserrat; Saint-Kitts et Nevis; les îles
Vierges... En nous faufilant parmi ces dernières, nous rencontrons un gros troupeau de globicéphales — plusieurs centaines
de ces super-dauphins noirs au front bombé, qu’on appelle
aussi baleines-pilotes. Mesurant jusqu’à six mètres de longueur pour un poids de deux tonnes, ces cétacés sociables sont
ceux qui se « suicident » le plus souvent en masse sur les
plages, pour des raisons qui nous demeurent inconnues.
A la mi-juin 1968, le capitaine Caillart remplace le capitaine
Maritano aux commandes de notre navire. Il nous apporte des
nouvelles fraîches de France, sous la forme d’un ballot de
journaux. Il est clair que, naviguant dans les Caraïbes pendant
que les étudiants faisaient Mai 68, nous n’avons pas compris
grand-chose aux « événements ». Nous les avons vaguement
suivis à la radio. Je découvre pêle-mêle, dans des numéros de
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